Qui sont les Gilets Jaunes ? Une enquête pionnière d’un collectif de chercheurs

Posté par onsbouge le 17 décembre 2018

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FRONT SYNDICAL DE CLASSE

Qui sont les Gilets Jaunes ? Une enquête pionnière d’un collectif de chercheurs

Publié le 17 décembre 2018 par FSC

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Collectif d’universitaires, nous avons lancé, dès la fin du mois de novembre, une enquête de terrain pour comprendre le mouvement des « gilets jaunes ». Nous sommes allés les rencontrer dans différentes régions de France, dans les manifestations et sur les ronds-points. Nous livrons ici les premiers résultats sur les profils et les motivations qui apparaissent derrière les « gilets jaunes ».

L’ampleur du mouvement et la rapidité avec laquelle il s’est constitué, en dehors des organisations syndicales et des partis, tout comme ses modes d’action et ses mots d’ordre interpellent. Qui sont les « gilets jaunes » ? Que souhaitent-ils ? Assiste-t-on à un renouvellement profond des modalités de la protestation et de la politique ? Faut-il y voir un retour de formes traditionnelles de révoltes populaires ? Comment un tel mouvement est-il susceptible d’évoluer dans le temps et comment comprendre sa portée ?

S’il n’y a pas de portrait type des manifestants, puisqu’une des caractéristiques du mouvement est sa diversité, les « gilets jaunes « sont d’abord des personnes, hommes et femmes, qui travaillent (ou, étant retraités, ont travaillé), âgées de 45 ans en moyenne, appartenant aux classes populaires ou à la « petite » classe moyenne.

Les résultats, encore très provisoires, présentés ici s’appuient sur l’analyse de 166 questionnaires distribués auprès des participants aux actions sur les ronds-points et aux péages, ou lors des manifestations ayant eu lieu les 24 et 1er décembre, par une équipe d’une dizaine de chercheurs et d’étudiants. Le questionnaire a été élaboré de manière à recueillir des informations détaillées et précises sur les participants.

Une surreprésentation des employés et une sous-représentation des cadres

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Certaines catégories apparaissent comme particulièrement surreprésentées au sein des « gilets jaunes » qui nous ont répondu. C’est le cas des employés, qui constituent 33 % des participants (soit 45 % des actifs présents, contre 27 % de la population active française). Ils sont plus de deux fois plus nombreux que les ouvriers, qui représentent 14 % des participants. Les artisans, commerçants et chefs d’entreprise sont également particulièrement nombreux : 10,5 % des participants (14 % des actifs présents, contre 6,5 % de la population active française).
 
A l’inverse, les professions intermédiaires et les cadres sont peu représentés : les premiers comptent pour 10 % des participants (13 % des actifs présents, contre 26 % de la population active française); les seconds sont à peine 5 % des participants (7 % des actifs présents, contre 18 % de la population active française) dans les cortèges et blocages qui ont eu lieu entre le 24 novembre et le 1er décembre. Un quart des participants au mouvement des « gilets jaunes « appartiennent à la catégorie « inactifs »; pour la majeure partie, il s’agit de retraités.

Des manifestants « d’âge moyen »

Les « gilets jaunes » participant à l’enquête ont en moyenne 45 ans, un peu plus que l’âge moyen de la population française, qui s’élève à 41,4 ans. Les classes d’âge les plus mobilisées sont les 35-49 ans (27,2 %), puis les 50-64 ans (26,6 %) et les 25-34 ans. Les 18-24 ans représentent 6,2 % des participants; les plus de 65 ans, 17,3 %.

Un mouvement mixte

Les hommes (54 %) sont un peu plus nombreux que les femmes (45 %). Cependant, la forte proportion de femmes, appartenant souvent aux classes populaires, une catégorie sociale traditionnellement peu mobilisée politiquement, est un fait notable. On y lit une propension de femmes à manifester identique à celle que nous avons observée dans les cortèges des 24 novembre et 1er décembre. Un écart comparable (55 % d’hommes, 44 % de femmes parmi les répondants) était observé dans le questionnaire administré dans la Manif pour tous du 16 octobre 2016.

Les femmes ont toujours manifesté, comme le montrent de nombreux travaux historiques. Elles sont en revanche ici plus visibles. A cela plusieurs raisons : sans porte-parole officiel, représentants syndicaux et politiques, qui sont habituellement des hommes, et en absence de structures, les médias sont contraints de tourner le regard vers les participantes et participants « ordinaires ». La forte dimension sociale du conflit et la centralité des revendications sur les conditions matérielles d’existence dans le mouvement social participent à la visibilité des femmes.

Une surreprésentation des bacheliers et des titulaires de CAP et BEP

Quelque 20 % des personnes interrogées sont diplômées du supérieur (contre 27 % de la population générale, données Insee 2014); 5 % des participants ont un bac + 4 et au-delà, tandis que les deux niveaux de diplôme les plus représentés sont les détenteurs de BEP et CAP, qui sont 35 % (contre 24 % dans la population générale), et les bacheliers (29,3 % des répondants, contre 16,5 % de la population générale). Seuls 15,4 % des participants ont un diplôme inférieur au brevet (31,4 % de la population générale). Toutefois, le 8 décembre, nous avons reçu davantage de réponses de la part de personnes ayant un diplôme de master ou équivalent. Se dessine ainsi une population de participants ayant des niveaux de qualification intermédiaires.

Des mobilisés aux revenus modestes

Quelque 55 % des répondants nous déclarent être imposables (une proportion presque identique à la population générale) et 85 % indiquent posséder une voiture. Le revenu médian du foyer déclaré représente 1 700 euros par mois, soit environ 30 % de moins que le revenu médian moyen déclaré de l’ensemble des ménages ( enquête « Revenus fiscaux et sociaux » 2015 de l’Insee ). Les participants aux actions des « gilets jaunes » sont donc pour la majorité d’entre eux des individus aux revenus modestes. Ils n’appartiennent pas aux catégories les plus précarisées économiquement : 10 % d’entre eux déclarent avoir un revenu inférieur à 800 euros par mois (contre 519 euros pour les 10 % des ménages français les plus pauvres).

Des primo-manifestants en nombre et des modes d’action variés

Pour presque la moitié des répondants (47 %), le mouvement des « gilets jaunes » constitue leur première mobilisation. Seuls 44 % ont déjà participé à une grève. Il s’agit donc de participants peu rompus à l’action collective. Aux questions posées sur les formes d’action collective que la personne serait prête à accomplir ou à laquelle elle a déjà participé, la manifestation est le mode d’action le plus plébiscité (81 %), suivi par la pétition (69,4 % d’entre eux déclarent en avoir déjà signé une). Presque 9 participants sur 10 rejettent les modes d’action impliquant des violences aux biens, mais 58,8 % d’entre eux se déclarent par exemple prêts à occuper un bâtiment administratif. La moitié exclut également l’idée d’aller manifester à Paris, les répondants évoquant des raisons économiques, la violence et la nécessité de rester visible en province pour justifier ce choix. Sur le consentement à l’impôt, seuls 5 % des participants déclarent avoir déjà refusé de payer l’impôt, tandis que 58,4 % l’excluent complètement comme moyen d’action. Des analyses séparées ont d’ailleurs relevé très peu de différences entre les réponses des hommes et des femmes.

Un rejet des organisations représentatives traditionnelles et des orientations politiques atypiques

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Notre enquête confirme également le large rejet des organisations représentatives traditionnelles : 64 % considèrent que les syndicats n’ont pas leur place dans le mouvement, 81 % pensent de même pour tous les partis politiques.

Ce rapport de distance ou de méfiance à l’égard du système de représentation institué se retrouve lorsque les répondants sont invités à se situer sur l’échelle gauche-droite. La réponse dominante consiste à se déclarer comme apolitique, ou « ni de droite ni de gauche » (33 %). En revanche, parmi ceux qui se positionnent, 15 % se situent à l’extrême gauche, contre 5,4 % à l’extrême droite; 42,6 % se situent à gauche, 12,7 % à droite et, surtout, seulement 6 % au centre. En comparaison, un sondage conduit par Ipsos en avril montrait que 22 % des Français rejettent le clivage gauche-droite, quand 32 % se situent à gauche et 39 % à droite. Cette grande diversité du rapport au politique est un élément majeur de la singularité du mouvement.

Les motivations : pour le pouvoir d’achat et contre une politique favorable aux riches

Pour les répondants, il s’agit moins d’une révolte contre une taxe en particulier, ou pour la défense de l’usage de la voiture, qu’une révolte contre un système fiscal et de redistribution jugé inique. Une révolte contre les inégalités, mais aussi contre une parole politique qui les méprise et les infériorise symboliquement. Il s’agit à la fois de défendre leur pouvoir d’achat et leur accès à un standard de vie (notamment les loisirs, de plus en plus inaccessibles) et d’une exigence de respect à leur égard et de reconnaissance de leur dignité de la part du personnel politique (gouvernement et président de la République).

Nous avons invité les participants à s’exprimer sur leurs motivations à travers une question ouverte en début du questionnaire (« Pourquoi manifestez-vous aujourd’hui ? »). Un pouvoir d’achat trop faible est le premier motif évoqué (plus de la moitié des répondants). Plusieurs personnes se plaignent de ne plus pouvoir s’offrir le moindre plaisir ( « J’ai la vingtaine et j’ai pas une thune. Si je veux sortir, je dois me mettre à découvert » ). Des mères de famille nous font part de leurs fins de mois difficiles ( « J’aimerais bien que mes enfants puissent avoir à manger dans leurs assiettes, et pas que des patates les deux dernières semaines du mois » ), qui entraînent parfois des difficultés de logement, dont ont témoigné aussi bien des jeunes étudiants ( « Je n’ai pas les moyens de me loger, je vis dans la dépendance d’une amie » ) que cette mère de famille ( « Nous étions obligés de descendre dans le Sud pour vivre chez ma belle-mère »).

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Suit, dans la liste des motivations, le fardeau fiscal trop important (69 répondants, dont 18 qui pointent explicitement le prix élevé du carburant). Près d’un sur cinq déclare être là pour protester contre le gouvernement actuel et demande la démission d’Emmanuel Macron, évoquant l’ « arrogance » de l’exécutif. Les termes de « monarchie » , d’ « oligarchie » ou de « dictature » reviennent pour souligner son caractère illégitime. On voit poindre le 24 novembre, puis se confirmer le 1er décembre, la demande de réformes institutionnelles. Un dixième des enquêtés demandent des réformes institutionnelles. Cette tendance semble accentuée chez les participantes et participants aux cortèges du 8 décembre.

Une deuxième question ouverte portait sur les mesures que le gouvernement devrait prendre pour répondre aux revendications des « gilets jaunes ». La réponse la plus fréquente est sans surprise une baisse des taxes et impôts, évoquée spontanément par un tiers des répondants. Pour 48 enquêtés, des mesures pour augmenter le pouvoir d’achat sont également nécessaires. Parmi eux, 28 personnes demandent une augmentation du Smic, voire des salaires en général, 14 une augmentation générale du pouvoir d’achat, 8 une augmentation des retraites. Des demandes de redistribution des richesses reviennent dans les réponses de 36 participants : 19 demandent spontanément la réintroduction de l’ISF, 5 une répartition plus juste des impôts.

La présence de revendications institutionnelles, en plus des revendications sociales

Plus d’un cinquième des répondants demandent d’ailleurs tout simplement que le gouvernement écoute les citoyens, « qu’il se mette à leur place » . Il s’agit ainsi d’une des préoccupations principales des personnes rencontrées. Enfin, une des spécificités de ce mouvement est la présence de revendications institutionnelles, en plus des revendications sociales. Ainsi, 26 personnes ont déclaré que des réformes institutionnelles importantes seront nécessaires pour qu’elles puissent considérer que le mouvement est un succès : 18 en demandant des changements parfois fondamentaux (par exemple, en réclamant une « réforme totale de l’État », « un autre système politique » ), 8 en demandant la fin des privilèges des parlementaires et 4 en se disant convaincus de la nécessité d’une VIe République.

Il est à noter que seulement 2 des 166 personnes interrogées ont mentionné la gestion de l’immigration dans leurs réponses aux deux questions présentées. Cela invite à reconsidérer les analyses qui font du mouvement une émanation de l’extrême droite.

Une plus grande justice sociale et la demande d’écoute de la part du pouvoir

Les deux principales motivations des personnes mobilisées apparaissent donc comme étant une plus grande justice sociale (qu’il s’agisse d’un système fiscal faisant davantage participer les plus aisés, d’une meilleure redistribution des richesses ou encore du maintien des services publics) et la demande d’écoute de la part du pouvoir. Au contraire, les revendications nationalistes, liées notamment à l’identité ou à l’immigration, sont très marginales, démentant l’idée d’un mouvement qui serait noyauté par les électeurs ou les militants du Rassemblement national. Comme le souligne le sociologue Alexis Spire, auteur de Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat (Seuil, 2018), c’est avant tout le sentiment d’injustice fiscale, plus prégnant chez les classes populaires, qui explique cette mobilisation.

En résumé, cette révolte est bien celle du « peuple » – comme se revendiquent nombre de personnes interrogées – au sens des classes populaires et des « petites » classes moyennes, celle des revenus modestes. Dès lors, plusieurs éléments font des « gilets jaunes » une contestation singulière par rapport aux mouvements sociaux des dernières décennies. Outre son ampleur, la forte présence des employés, des personnes peu diplômées, des primo-manifestants et, surtout, la diversité des rapports au politique et des préférences partisanes déclarées font des ronds-points et des péages des lieux de rencontre d’une France peu habituée à prendre les places publiques et la parole, mais aussi des lieux d’échange et de construction de collectifs aux formes rarement vues dans les mobilisations.

Pour le collectif de chercheurs :

Camille Bedock, Centre Emile-Durkheim, Sciences Po Bordeaux, CNRS
Antoine Bernard de Raymond, Irisso, université Paris-Dauphine, INRA
Magali Della Sudda, Centre Emile-Durkheim, Sciences Po Bordeaux, CNRS
Théo Grémion, diplômé d’un master de géopolitique de l’université de Genève et d’une maîtrise d’urbanisme de l’université Paris-X
Emmanuelle Reungoat, Centre d’études politiques de l’Europe latine, université de Montpellier
Tinette Schnatterer, centre Emile-Durkheim, Sciences Po Bordeaux, CNRS


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Déclaration de Macron : le PRCF appelle à amplifier et fédérer les luttes sociales sans se laisser emfumer

Posté par onsbouge le 17 décembre 2018

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PRCF Initiative Communiste

Déclaration de Macron : le PRCF appelle à amplifier et fédérer les luttes sociales sans se laisser emfumer

Déclaration de Macron : le PRCF appelle à amplifier et fédérer les luttes sociales sans se laisser emfumer dans - DROITS macron-enfumeur-300x175

Déclaration de  : comment feindre de lâcher sur l’immédiat pour mieux araser le structurel.

Le PRCF appelle à amplifier et à fédérer les luttes sociales sans se laisser enfumer.

« Les réformes sont la retombée des luttes révolutionnaires ». Lénine

Il faut chaleureusement féliciter les citoyens en qui ont réussi à rabattre l’incroyable caquet d’un président encore plus antisocial, patronal, euro-aligné et oligarchique que ne fut l’arrogant Sarkozy : que Macron feigne au moins d’apprendre l’humilité pour tenter d’éteindre les braises d’insurrection populaire, qu’il fasse certaines concessions non négligeables (certaines en forme de cadeaux empoisonné…) pour les travailleurs concernés, sur le SMIC et sur la CSG, montre que la paie quand elle est menée avec détermination, qu’elle ne plie pas devant les intimidations et la répression, qu’elle renvoie la violence à l’Etat bourgeois qui l’organise au quotidien, qu’elle balaye le pseudo-« dialogue social » bidon et le formatage européen dans lequel les confédérations syndicales, bafouant leurs militants et syndicats locaux et d’entreprise combatifs, achèvent hélas de se discréditer. Y compris hélas, la confédération CGT dont les zigzags et le suivisme à l’égard de la CFDT pro-patronale mettent cette centrale aux portes d’une crise sans précédent alors même que de nombreuses structures militantes de la CGT réclament une offensive sociale générale dans l’esprit du syndicalisme de classe.

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GILETS JAUNES : C’EST L’HISTOIRE DE FRANCE QUI SE JOUE

Posté par onsbouge le 17 décembre 2018

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GILETS JAUNES : C’EST L’HISTOIRE DE FRANCE QUI SE JOUE

Discours de Jean-Luc Mélenchon sur les Gilets Jaunes à l’Assemblée nationale le 5 décembre 2018 :

« Monsieur le Premier ministre,

J’ai écouté avec attention votre discours et je l’ai entendu – comme beaucoup, je crois, ici – comme une sorte de bilan d’adieu.

Vous n’y êtes pas.

Ce n’est pas une attaque personnelle : c’est une appréciation politique.

Vous n’y êtes pas. Et je préfère vous dire bien franchement : heureux les jours que nous vivons puisqu’enfin la France est entrée en état d’insoumission générale contre un ordre injuste qui durait depuis trop longtemps.

Voici des millions de gens dont la vie avait été rendue invisible, dans l’hexagone et en Outre-Mer. Voici des millions de gens, le peuple qui entre sur la grande scène de l’Histoire de France.

Et, clin d’oeil de l’Histoire : ce gilet jaune de la visibilité routière et des tenues de chantier est devenu en quelque sorte le nouveau bonnet phrygien des Français qui s’affranchissent de la résignation, de l’isolement, et de ce silence meurtri des souffrances que l’on tait par dignité. Et pour ne pas céder.

Voici clamés enfin haut et fort des récits de pauvres vies rendues infernales par un système qui n’encourage que la cupidité, les consommations ostentatoires, l’égoïsme social, et la richesse de quelque uns au détriment de tous !

Non, la France n’est pas une start-up que dirige un petit génie!

Nous sommes une grande nation éduquée et politisée de soixante-cinq millions de personnes qui en ont assez d’être pris pour des imbéciles !

Comment avez-vous pu croire que nous ne vous verrions pas donner aux cent personnes les plus riches de ce pays 1 million d’euros chacune pendant que vous iriez les récupérer à la pompe dans la poche de ceux qui dès le 15 du mois ne savent plus comment finir leur mois ?

Comment avez-vous pu croire que nous croirions nous-mêmes un instant que ce programme et cette surtaxe étaient destinés à un programme de transition écologique alors que nous sommes capables, comme tout le monde, de nous rendre compte que sur ce total d’une somme de 3 milliards, 19% seulement sont réservés à des tâches de transition écologique ?

Comment avez-vous pu croire que nous ne trouverions pas la lettre que vous avez envoyée à la Commission européenne pour lui expliquer que les surtaxes que vous venez d’inventer sont destinées à compenser le manque à gagner dans le budget de l’État des sommes que vous avez copieusement distribuées aux riches ?

Comment avez-vous pu de façon si offensante dire aux gens du commun qu’ils rouleront moins et pollueront moins s’ils doivent payer plus cher leur carburant ? Cela alors que l’urbanisme dément dans lequel nous vivons éloigne chacun de tout et que vous aggravez cette situation en fermant des postes, en fermant des écoles et en fermant les services publics ?

Les gens savent bien qu’ils ne peuvent pas rouler moins, et, par conséquent, faute de pouvoir rouler moins, alors ils mangeront moins, ils se soigneront moins et ils pourront moins s’occuper de ces petits bonheurs qui font la vie de chacun.

L’écologie n’a rien à voir avec vos mesures. L’écologie est nécessairement populaire. Il vous reste à comprendre qu’on ne peut pas être en même temps l’ami des riches et celui du genre humain. Car les riches n’ont que des intérêts particuliers et seul le peuple porte en bandoulière l’intérêt général.

Qu’ont fait vos amis les riches des trois milliards que vous leur avez donné ? Les ont-ils placés dans la production ? Les ont-ils investis ? Les ont-ils distribués en salaires ? Non ! Ils ont tout mis dans la spéculation !

Augmentez les salaires, augmentez les minimas sociaux et, alors, vous verrez cet argent circuler partout dans l’économie pour le bien de tous.

Abrogez la surtaxe des carburants et rétablissez l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Car le moment est venu que les riches soient solidaires !

Et pour le reste, assez de bricolage.

Une politique écologique est nécessairement globale et elle doit unifier dans son périmètre tous les compartiments de l’action économique depuis la formation des salariés jusqu’à la transformation profonde des modes de consommation.

C’est pourquoi la planification écologique est incontournable. Et c’est par elle qu’il faut commencer plutôt que par un hachis de mesures dont on ne sait jamais comment elles s’emboîtent les unes dans les autres et quel sens, pour finir, elles se donnent.

La planification écologique pour enfin passer au modèle de civilisation dont nous avons besoin où, dorénavant, on ne prendrait jamais davantage à la nature que ce qu’elle est capable de reconstituer. Et c’est ce que nous appelons la « règle verte ».

Nous voici aujourd’hui réunis pour voter sur votre déclaration. Nous ne savons pas bien sur quoi porte le vote. Peut-être une confiance aveugle qu’on nous demande de vous faire. Cela vous sera refusé.

Nous ne croyons pas que vous entendrez un mot de ce que nous vous disons. Pourquoi ? Parce que nous nous connaissons. Et que ce que nous disons et ce que disent, à cette heure, les gilets jaunes dans les cahiers de revendications que nous voyons, nous les avons déjà présentées ici et vous nous avez déjà répondu.

Nous vous avons proposé de taxer le carburant des compagnies aériennes et des bateaux de croisière, ce qui rapporterait autant que la surtaxe sur les carburants des pauvres gens qui ne peuvent faire autrement que d’aller en voiture. Vous l’avez refusé.

Nous vous avons proposé d’interdire sur le champ le glyphosate. Vous nous l’avez refusé.

Nous vous avons proposé un système d’impôt plus juste où l’on répartirait sur 14 tranches ce qui aujourd’hui pèse sur 5, c’est à dire, pour l’essentiel, sur la classe moyenne. Vous nous l’avez refusé.

Nous vous avons proposé que les premières quantités de gaz, d’eau et d’électricité soient gratuites pour le commun qui ne peut s’en passer – car on ne peut se passer d’aucun de ces trois éléments que je viens de mentionner. Vous nous l’avez refusé.

Nous vous avons proposé que le plus haut salaire d’une entreprise ne soit pas supérieur à 20 fois plus que le salaire le plus petit, ce qui est la revendication de la confédération européenne des syndicats. Vous nous l’avez déjà refusé.

Nous vous avons proposé de taxer les ventes de maisons à plus d’un million d’euros pour financer la rénovation des logements mal isolés. Vous nous l’avez refusé.

Nous vous avons proposé de mettre en place le référendum d’initiative populaire pour proposer une loi, pour abroger une loi ou pour révoquer des élus. Vous nous l’avez refusé.

Tout cela, c’est ce que vous retrouvez dans les cahiers de revendications. De même que cette 6e République dont quelques uns ici se moquaient volontiers à toutes occasions. Voici qu’elle surgit de la demande populaire elle-même.

Entendez que ce sont là les cris d’une époque, les cris d’un moment politique. C’est l’Histoire de France qui est en train de se passer. Ce n’est pas juste un emmerdement dans votre mandat de parlementaires !

À présent, vous comptez apaiser l’incendie que vous avez allumé en reportant la mise en oeuvre de vos décisions au lendemain des élections européennes. Nous comprenons pourquoi.

Vous frappez et vous rêvez de reporter la douleur à dans six mois. Personne ne croit à votre conversion au peuple en six mois. On peut plutôt penser que vous ne serez peut-être plus à ce banc dès la semaine prochaine.

Car même si vous embastillez des lycéens aujourd’hui, vous n’empêcherez pas qu’ils soient des dizaines de milliers vendredi dans les rues. Et les routiers, les pompiers, les agents du service public et ainsi de suite au fil des appels à la grève qui se lèvent d’heure en heure.

Il parait que vous demandez aux gens raisonnables de rester chez eux samedi. Et bien ils iront quand même dans la rue.

Allez dire au monarque présidentiel que les gens raisonnables sont sur les ronds-points et dans les rues et qu’ils n’en partiront pas avant que vous ayez cédé pour de vrai ou que vous soyez parti. Cédez ou partez. Et quand vous partez, cédez avant. »

JEAN-LUC MÉLENCHON
Diffusé en direct le 5 déc. 2018


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Posté par onsbouge le 17 décembre 2018

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Beyrouth s’est éveillée ce dimanche 16 décembre 2018 avec des chants révolutionnaires dans ses rues… les lèves-tard sont sortis aux balcons et ont salué les passants.
Un flux ininterrompu de manifestants parti d’en face de la Banque centrale converge vers la place Ryad El Solh dans une ambiance de fête… De très nombreux drapeaux rouges flottent au vent.
Quelques manifestants ont vêtu des gilets jaunes !

(Al Faraby Dimanche, 16 décembre 2018)

RICHA Roland
Ajoutée le 16 déc. 2018


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#ecole : la réforme des programmes de SES consacre le prétendu triomphe de la réaction #JRCF

Posté par onsbouge le 17 décembre 2018

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PRCF Initiative Communiste

#ecole : la réforme des programmes de SES consacre le prétendu triomphe de la réaction #JRCF

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C’est une chose bien connue des militants progressistes du monde entier : quand la crise d’un système devient aiguë, la confiance du peuple dans dirigeants et dans les structures économiques s’effondre, plus la contestation fait surface et plus elle est virulente, plus se développe une réaction violente, autoritaire et “totalitaire”.

C’est cette logique qui est à l’oeuvre dans le nouveau projet de programme de SES (Sciences Economiques et Sociales) rendu public par le Conseil Supérieur des Programmes (CSP). Un premier indice nous est donné dans Lettre de réponse du ministre de l’Éducation nationale à la note d’analyses et de propositions du CSP du 7 mai 2018 sur les futurs programmes du lycée du 3 juillet 2018 :

  “Par ailleurs, plusieurs propositions de votre vote ont éveillé mon intérêt, notamment celle de rendre plus “mathématiques” certaines disciplines […] Cette approche est également souhaitable dans le champ des sciences économiques et sociales. […] Si l’approche pluridisciplinaire, qui s’appuie notamment sur les sciences sociales, a tout son sens, il convient de renforcer les approches microéconomiques, nécessaire pour comprendre les mécanismes fondamentaux de l’économie.”

A savoir que les approches microéconomiques sont déjà dominantes dans le champ de l’enseignement des “sciences économiques” dans le supérieur comme dans le secondaire. Elles forment un corpus scientifique affilié aux théories économiques dites “néoclassiques” qui apparaissent vers la fin du XIXème siècle en réaction à la théorie économique “classique”. Il faut bien voir que les trois grands économistes classiques sont David Ricardo, Adam Smith et… Karl Marx ! Il faut voir également que ces trois-là ont une base commune quant à leur théorie de la valeur – pas de pensée économique sans une telle théorie. Pour les trois grands “classiques”, la valeur économique repose sur le travail, alors que pour les néoclassiques elle est fondée sur l’utilité d’un bien ou service, ou quantité de satisfaction que retire le consommateur de son acte de consommation. Ce sont là des débats anciens dans lesquels la ligne de classe est extrêmement présente.

Aussi ne peut-on pas feindre la surprise en constatant que ce que fait Blanquer relève d’une logique installée depuis bien longtemps, consistant à dénigrer toute approche économique “hétérodoxe”, ou non-néoclassique. Il suffit pour s’en convaincre de voir l’évolution des programmes depuis l’introduction de la discipline en 1966. Notons en préliminaire qu’en classe de seconde “l’enseignement d’exploration” SES est dispensé à 85% des élèves, il s’agit donc de questions très graves pour la démocratie puisque ce sont de futurs électeurs qui se voient inculquer des théories toujours plus étriquées et fausses.

Les informations présentées ici nous viennent de l’avis sur les programmes de sciences économiques et sociales du lycée rendu par le CSP en octobre 2017. Précision purement factuelle : la commission chargée de la rédaction de cet avis comptait comme membres Jean Peyrelevade (ancien président de Suez et du Crédit Lyonnais) ainsi que Guillaume Duval (rédacteur en chef du magazine Alternatives Economiques, magazine ayant publié le 13 novembre un article dénonçant le projet de nouveau programme, on savoure l’ironie). L’avis compte donc de longues pages consacrées à l’insertion professionnelle des élèves des filières du lycée général et technologique, avant un tableau récapitulatif des évolutions des programmes.

En première ES entre 2001 et 2013 exit l’étude de la classification en Professions et Catégories Socioprofessionnelles (PCS), préliminaire à la destruction complète de toute idée de classe sociale. Exit également le maigre passage sur “les limites du marché” ou “les fondements de l’intervention des pouvoirs publics : allocation, redistribution, réglementation, régulation.”

#ecole : la réforme des programmes de SES consacre le prétendu triomphe de la réaction #JRCF dans - DROITS JRCF-logo-300x132 Il est clair que la théorie “néoclassique” (et ses répétiteurs) a une fonction objective dans la société de classes capitaliste : faire comprendre aux citoyens que l’Etat n’a aucun droit à se préoccuper d’économie. Les futurs programmes de SES consacrent donc cette logique imbécile du culte de l’entreprise, de la déification du marché où la “main invisible” devient l’idée même d’un ordre naturel et divin, de la casse généralisée des services publics au profit du grand capital. Au fur et à mesure que la bourgeoisie s’enfonce dans ses divagations néoclassiques, des scientifiques sérieux tentent de faire revivre, dans et en dehors du communisme, une pensée critique du capitalisme, refusant de suivre le capital en laquais. Charge aux marxistes de faire “converger” ces luttes dans le champ scientifique en démontrant la validité englobante de leur théorie. La victoire de la réaction ne saurait être que temporaire et les illusions qu’elle forge à la chaîne se dissipent peu à peu au fil du temps et des crises économiques “imprévues”.

http://.over-blog.org/2018/11/la-reforme-des-programmes-de-ses-consacre-le-pretendu-triomphe-de-la-reaction.html

Posted by: // 2-lutte des classes et renaissance communiste, articles // , , , , // décembre 17, 2018


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