Les cerfs-volants de Jabalia, par Shlomo Sand

Posté par onsbouge le 5 octobre 2018

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CAPJPO – EuroPalestine

Avec son ironie coutumière, Shlomo Sand, l’historien israélien, mime la propagande israélienne et met à nu la réalité de la dépossession des Palestiniens.

Les cerfs-volants de Jabalia, par Shlomo Sand dans - DISCRIMINATION - SEGREGATION - APARTHEID - RACISME - FASCISME

Les cerfs-volants de Jabalia

Par Shlomo Sand (revue de presse : Mediapart – 28/9/18)*

Hassan avait douze ans quand il succomba sous les balles d’un tireur d’élite israélien, en septembre 2018. Il fut touché alors qu’il s’apprêtait à faire voler un nouveau cerf-volant enflammé, en espérant que le vent le déporterait vers l’est et que cela mettrait le feu dans les champs volés par « les sionistes » à ses ancêtres .

Hassan était né dans le camp de réfugiés de Jabalia, d’une famille issue de la localité d’Al–Majdal, devenue Ashkelon en 1948. Son grand-père avait vu le jour, en 1944, dans cette grande cité arabe d’où il avait été chassé en septembre 1950, deux ans après la création de l’État d’Israël. Cette famille fut l’une des dernières à avoir été expulsée du « ghetto » (c’est ainsi qu’était appelée la zone arabe par les habitants juifs) que l’armée israélienne leur avait assigné ; elles furent mises sur des camions et envoyés à Gaza. Son père et sa mère naquirent à Gaza et grandirent dans le camp de réfugiés, probablement l’un des territoires au monde les plus densément peuplés. Son grand-père lui parlait de sa ville natale avec nostalgie et évoquait avec fierté le métier à tisser qui se trouvait dans leur foyer. Au cours des années 1990, le vieil homme avait pu en apercevoir les ruines, à l’occasion d’une de ses visites dans le territoire de l’État d’Israël. De la ville arabe, subsistaient une mosquée et la rue principale portant désormais le nom d’un important dirigeant juif, appelé Herzl. Pendant plusieurs générations, la famille avait vécu dans une maison à un étage, située au coin de cette rue, et qui s’y trouvait encore. Lorsque le grand-père avait visité la ville, longtemps avant le retrait israélien de Gaza en 2005, la maison était habitée par une famille russe.

Durant toute sa vie, Hassan avait absorbé les récits familiaux du passé. Il savait que « les sionistes » lui avaient pris sa maison et sa terre. Ses parents lui avaient promis qu’un jour ils y reviendraient. Malgré le surpeuplement, la pauvreté, et la pollution, on pouvait vivre à Jabalia, en sachant que cela est temporaire. Mais pour cela, il fallait lutter, ne pas renoncer. Tout comme l’on avait réussi à faire partir les colonies de la Bande de Gaza, de même, on réussirait, un jour, à revenir à Al-Majdal. Aussi Hassan fut-il l’un des premiers à faire brûler des pneus, lors de la vague de manifestations devant la clôture, et aussi, l’un des premiers à faire voler des cerfs-volants : les siens étaient toujours plus beaux et plus grands que ceux de ses copains de l’école de l’UNRWA, car après tout, il était d’Al-Majdal, et qu’il devait le prouver !

Ce récit est totalement fictif. Hassan n’a jamais existé, et n’a donc jamais été en situation d’être tué par un tireur d’élite israélien : il n’est qu’un personnage littéraire. Qui sait si Al-Majdal n’est pas également un fruit de l’imagination, et si une telle cité a jamais existé ? Et si, d’aventure, elle existe encore dans le souvenir de quelqu’un, ses habitants n’en ont pas été chassés, mais ont gentiment demandé à quitter leurs foyers, qu’ils ont abandonnés de leur plein gré. La ville d’Ashkelon est la seule donnée réelle dans cette histoire ; c’est une ville israélienne moderne, qui a intégré des milliers d’immigrés juifs, et n’a cessé de s’étendre depuis 1948.

Les résidents israéliens d’Ashkelon, dont la limite-sud n’est distante que de sept kilomètres de La Bande de Gaza, ne comprennent pas pourquoi les arabes leur en veulent, pourquoi ils creusent des tunnels, expédient des missiles, et pourquoi ils envoient des cerfs-volants et des ballons incendiaires. Pourquoi les Palestiniens ne sont-ils pas disposés à vivre en paix avec leurs voisins au-delà de la frontière ? Les écoliers d’Ashkelon n’ont évidemment jamais reçu d’enseignement sur les habitants d’Al-Majdal, et ne savent pas que ceux-ci ont été chassés de leurs foyers et de leurs terres. Ayant, en revanche, bien lu la Bible, ils savent que cette terre leur a été promise par le Créateur, et a toujours été la leur, même quand leurs parents et grands-parents ont vécu pendant près de deux-mille ans en Biélorussie ou en Moldavie. Certes, des enseignants ont eu parfois des difficultés à expliquer pourquoi Ashkelon fait partie du pays des juifs, alors que cette cité méridionale a été fondée par des Cananéens, avant d’avoir été le siège de Philistins, de Phéniciens, d’Hellènes, d’Arabes, de croisés, et à nouveau d’Arabes, et ce durant des siècles, jusqu’à 1948. On a toujours pu, cependant, faire valoir de nouveaux arguments, selon lesquels le pays était quasiment vide d’habitants lorsque les pionniers sionistes commencèrent à s’y installer, à la fin du 19ème siècle, tandis que les Arabes y sont arrivés, par la suite, en tant que travailleurs immigrés. Le fait que le premier recensement effectué en 1917 ait fait apparaître que la Terre sainte comptait 700 000 arabes et seulement 65 000 juifs, dont la moitié constituée de religieux orthodoxes antisionistes, a totalement disparu des manuels scolaires officiels.

Une blague yiddish bien connue pour son autodérision, raconte l’histoire d’une mère juive qui dit au revoir à son fils, mobilisé dans l’armée du tsar pendant la guerre de Crimée et qui va être envoyé au front : « - Tue un Turc et repose-toi », dit la mère, – oui, maman », répond le fils bien élevé ». Sa mère dépose un sandwich dans son barda, et lui glisse à l’oreille : « - après avoir tiré sur les Turcs, assieds-toi pour manger ce que je t’ai préparé, oui, maman, et la mère de répéter : « - après être monté à l’assaut contre les Turcs, n’oublie pas de t’asseoir pour te reposer, – bien sûr, maman », répond le conscrit, qui soudain s’inquiète : « Et si le Turc me tue ? ». La mère, étonnée, le regarde, et demande : « Qu’est-ce que tu lui as fait pour qu’il te tue ? ».

Lorsque nous sommes rivés aux médias israéliens ou quand nous lisons la presse israélienne qui relate l’interminable affrontement, nous avons l’impression de nous retrouver, sans cesse, face aux descendants de cette mère juive : les Palestiniens ne sont que les héritiers de l’antisémitisme éternel. Tous les antisionistes sont des antisémites, semblables à tous les judéophobes dans l’Histoire ; c’est pourquoi, ils veulent nous rejeter de notre patrie éternelle, ils nous agressent par tous les moyens criminels à leur disposition : jusqu’à envoyer des enfants faire voler des « cerfs-volants de la terreur ».

En 1956, Moshé Dayan a prononcé un célèbre discours d’éloge funèbre, entré dans la liturgie israélienne, sur la tombe de Roy Rotberg, membre du kibboutz Nahal Oz, implanté juste en face de Gaza : « S’il vous plaît, n’injurions pas aujourd’hui les meurtriers. Qui sommes-nous pour nous étonner de leur haine violente à notre égard ? Cela fait huit ans qu’ils sont regroupés dans les camps de réfugiés à Gaza, avec sous leurs yeux, le fait que nous avons récupéré la terre et les villages où eux-mêmes et leurs aïeux ont vécu… Nous sommes une génération de colons, et sans casques ni canons nous ne pourrions pas planter un arbre ni construire une maison. »

Dayan était un adepte de la force, au plus mauvais sens du terme, mais il était moins hypocrite que la plupart des dirigeants et des habitants d’Israël passés et présents. Il n’a pas eu besoin d’attendre les livres de Benny Morris et d’Ilan Pappé pour connaître les circonstances de la création du conflit [1]. En tant que chef du Commandement sud de l’armée, de 1948 à 1950, il a incité et pris l’initiative de l’expulsion des habitants autochtones d’Al-Majdal. Dayan connaissait parfaitement les raisons de la frustration et de l’hostilité des Palestiniens, et il n’a pas éprouvé le besoin d’inventer un récit mystificateur et justificateur. L’éloge funèbre qu’il a prononcé huit ans après la Nakba, n’a rien perdu de sa pertinence, soixante-dix ans plus tard.

Shlomo Sand est professeur émérite à l’Université de Tel-Aviv.

(Traduit de l’hébreu par Michel Bilis)

[1] Benny Morris, Victimes, histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Complexe, 2003. Ilan Pappé, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2008.

  • Source : Mediapart

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« Faut-il bombarder Molenbeek ? » : Nadine Rosa-Rosso à la librairie Résistances

Posté par onsbouge le 29 septembre 2018

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CAPJPO – EuroPalestine

C’est ce qu’avait recommandé Eric Zémmour à la France, concernant ce quartier de Bruxelles dit « sensible », et présenté comme l’un des repaires djihadistes d’Europe après l’attentat au Bataclan, en novembre 2015. Et cela pourrait être le titre de la présentation que fera Nadine Rosa-Rosso le jeudi 4 octobre prochain à la librairie Résistances, à l’occasion de la sortie de son livre « Plus qu’hier et moins que demain. Contre le racisme, le colonialisme et la guerre ».

Car c’est bien de ces quartiers présentés comme dangereux, et de leurs habitants majoritairement issus de l’immigration marocaine, que parle l’auteur, qui les connait bien pour avoir habité et enseigné une trentaine d’années, à Molenbeek justement.

Et Nadine Rosa Rosso, qui décrit en même temps son parcours désenchanté en tant que militante du PTB (Parti du Travail Belge, autrefois nettement situé à l’extrême gauche), remet les pendules à l’heure, et montre comment s’est développé le racisme en Belgique, comme dans la plupart des grandes villes européennes, parallèlement à la fracture au sein du monde du travail.

Avec la désindustrialisation, les délocalisations, la croissance du chômage, la population immigrée et ses enfants nés en Europe, se sont vu peu à peu écartés du monde de l’entreprise et de ses solidarités, puis sont devenus les boucs émissaires tout désignés, y compris pour les couches plus favorisées de la classe ouvrière. Le tout sur fond de renoncement de la gauche et des directions syndicales.

Son livre démontre comment seul un front commun contre le système d’exploitation capitaliste, et contre les guerres qui lui sont inhérentes, peut mettre fin à l’ensemble des dérives identitaires qui traversent nos sociétés.

Nadine Rosa-Rosso, ex-permanente du PTB, est enseignante « de la deuxième chance » pour jeunes adultes, à Bruxelles. Elle travaille également avec des groupes de mamans dont les enfants sont partis en Syrie, y sont morts, où ne peuvent pas en revenir, afin de leur apporter un soutien et une possibilité d’expression qui font gravement défaut.

  FRANCE? dans - DISCRIMINATION - SEGREGATION - APARTHEID - RACISME - FASCISME

Conférence-débat le jeudi 4 octobre à partir de 19 H

à la Librairie Résistances

4 Villa Compoint. 75017 Paris. (Angle du 50 rue Guy Môquet)

M° Guy Môquet ou Brochant. Ligne 13. Bus 31 : Arrêt Davy-Moines

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#LeBilletAJean #Macron #PrélèvementALaSource ✅Le billet à Jean #9 : Macron exaspère tout le monde, mais qui lui résiste ?

Posté par onsbouge le 20 septembre 2018

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#LeBilletAJean #Macron #PrélèvementALaSource

✅Le billet à Jean #9 : Macron exaspère tout le monde, mais qui lui résiste ?

Info’Com-CGT

Ajoutée le 19 sept. 2018

Macron fait pschitt mais il nuit encore . À chaque manifestation de son arrogance, le président des riches prend une vague déferlante de sarcasmes et de blagues… Pourtant, la ligne de résistance à sa politique destructrice s’est évaporée… Paradoxe ?


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Syrie: pourquoi la Turquie, la France, Israël et d’autres soignent les terroristes?

Posté par onsbouge le 20 septembre 2018

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Russie politics

mercredi 19 septembre 2018

Syrie: pourquoi la Turquie, la France, Israël et d’autres soignent les terroristes?

Syrie: pourquoi la Turquie, la France, Israël et d'autres soignent les terroristes? hopital2

 

La Syrie reste décidément au cœur de l’actualité. Ainsi, nous apprenons que dans la région de Kuneitra, sur le plateau du Golan, libérée des terroristes par l’armée syrienne, les soldats y ont trouvé un hôpital suréquipé et rempli de médicaments provenant d’Israël, de France, de Turquie, d’Arabie Saoudite … Hôpital qui était à l’usage exclusif des groupes armés. Cela ne fait-il pas réfléchir à ce qui s’est passé ces derniers jours, entre l’accord avec la Turquie sur Idlib et l’avion militaire russe abattu en raison des attaques israéliennes? Mais il semblerait que la priorité soit d’éviter les conflits … Simplement, les « conflits », eux, ne sont pas au courant … Alors ils s’accumulent. Et il faudra bien les affronter.

 

L’agence russe d’information RIA Novosti annonce que l’armée syrienne a trouvé dans la région de Kuneitra, sur la plateau du Golan (donc à la frontière entre la Syrie et Israël), et plus précisément dans la petite ville de Bureika, un hôpital parfaitement équipé et avec des stocks conséquents de médicaments, ce qui est un trésor dans la région. Des médicaments provenant de France, d’Israël ou encore des Etats-Unis par exemple. Mais l’on trouve également de l’appareillage médical et d’autres médicaments provenant du Qatar, de Turquie, d’Arabie Saoudite. 

 

Le trésor, et le mot n’est pas faible, n’est pas négligeable. L’on y trouve des antibiotiques, des vaccins, des antidouleurs, des appareils neufs d’imagerie médicale, des salles d’opération parfaitement équipées. Les habitants ont montré aux soldats un beau véhicule médical jaune, équipé pour la réanimation, avec des numéros britanniques et le volant à droite.

 

Et ce trésor était réservé aux groupes armés et à leur famille, aucun civil n’a eu le droit d’y être soigné. Ainsi les pays de l’OTAN, si inquiets de catastrophe humanitaire, n’apportent qu’une aide réelle aux groupes armés? Pour les civils, les opérations de comm semblent suffisantes.

 

Donc la France, la Turquie, Israël, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne soignent les groupes armés?

 

Et après l’on parle d’un « accord historique » sur la démilitarisation d’Idlib (voir notre texte) qui permettra aux groupes « rebelles » de garder les territoires qu’ils occupent, sans que l’armée syrienne, en Syrie, n’ait le droit de récupérer le contrôle de son territoire. L’on apprend que les « rebelles » d »Al Nusra seront évacués. Leurs sponsors pourront tranquillement les récupérer?

 

Et d’ailleurs le journal Le Monde ne s’y trompe pas, les grands gagnants de cette opération sont avant tout les « rebelles », comme les pays soutenant la coalition américaine aiment à appeler les groupes terroristes qui ont le bon goût de lutter contre Assad:

 

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Après l’on apprend qu’un avion militaire russe a été abattu selon le ministère russe de la défense suite à une attaque de la Syrie des avions israéliens, qui se sont protégés par la frégate française et ont mis en danger (volontairement?) l’avion militaire russe qu’ils ne pouvaient pas ne pas voir, provoquant la réaction automatique du système de défense aérien S-200 syrien:

Dans cette affaire, Moscou estime que l’aviation israélienne a délibérément créé une situation « dangereuse » dans le secteur de Lattaquié, alors que l’avion russe s’apprêtait à atterrir sur la base de Hmeimim, située dans la province du même nom. « Nous considérons comme hostile cette initiative de l’armée israélienne », a dit Igor Konachenkov, porte-parole du ministère. « Du fait des actes irresponsables de l’armée israélienne, 15 militaires russes ont trouvé la mort. Ce n’est absolument pas conforme à l’esprit du partenariat russo-israélien. »
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« Nous nous réservons le droit de réagir par des mesures équivalentes », a-t-il poursuivi dans une déclaration sur la télévision russe.

Mais pour autant, la presse française ne s’y trompe pas, immédiatement une manière d’éviter le conflit est recherchée. Le Président russe, joue sur la communication, parlant à la fois « d’une suite de concours de circonstances déplorables » et se référant aux déclarations du ministère de la défense qui ont été validées par lui. Ceci est pourtant une tragédie dans laquelle 15 hommes, remplissant leur devoir pour leur patrie et à la demande de leur patrie, ont trouvé la mort.

 

Et l’on trouve un hôpital flambant neuf, remplis de médicaments venant de Turquie, d’Israël, de France, réservé aux terroristes et à leur famille.

 

N’y a-t-il pas une certaine contradiction?

 

Pourquoi lorsque les Etats-Unis, la Turquie, Israël, la France frappent des forces militaires étrangères, un pays souverain, personne ne s’inquiète des risques de guerre qui pourraient en découler? En revanche, il est absolument impensable à la Russie de répondre réellement et pas en suspendant les tomates turques, sans, soi-disant, provoquer un risque de guerre mondiale …

Si le conflit est postmoderne, il doit l’être pour tous. Ou bien cette postmodernité n’est qu’un écran cachant des intérêts et des manœuvres bien réels.

 

Etrange, non?

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Publié par à 12:12

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Le SOCIALISME CHINOIS et le mythe de la « fin de l’Histoire » (par Bruno Guigue)

Posté par onsbouge le 22 août 2018

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COMMUN COMMUNE

22 Août 2018

Publié par El Diablo

Le SOCIALISME CHINOIS et le mythe de la « fin de l’Histoire »
(par Bruno Guigue)

Shanghai (photo: el diablo)

Shanghai (photo: el diablo)

En 1992, un politologue américain, Francis Fukuyama, osait annoncer la « fin de l’Histoire ». Avec l’effondrement de l’URSS, disait-il, l’humanité entrait dans une ère nouvelle. Elle allait connaître une prospérité sans précédent. Auréolée de sa victoire sur l’empire du mal, la démocratie libérale projetait sa lumière salvatrice sur la planète ébahie. Débarrassée du communisme, l’économie de marché devait répandre ses bienfaits aux quatre coins du globe, réalisant l’unification du monde sous les auspices du modèle américain.1 La débandade soviétique semblait valider la thèse libérale selon laquelle le capitalisme – et non son contraire, le socialisme – se conformait au sens de l’histoire. Aujourd’hui encore, l’idéologie dominante martèle cette idée simple : si l’économie planifiée des régimes socialistes a rendu l’âme, c’est qu’elle n’était pas viable. Le capitalisme, lui, ne s’est jamais aussi bien porté, et il a fait la conquête du monde.

Les tenants de cette thèse en sont d’autant plus convaincus que la disparition du système soviétique n’est pas le seul argument qui semble plaider en leur faveur. Les réformes économiques engagées en Chine populaire à partir de 1979, à leurs yeux, confirment également la supériorité du système capitaliste. Pour stimuler leur économie, les communistes chinois n’ont-ils pas fini par admettre les vertus de la libre entreprise et du profit, quitte à passer par-dessus bord l’héritage maoïste et son idéal égalitaire ? De même que la chute du système soviétique démontrait la supériorité du capitalisme libéral sur le socialisme dirigiste, la conversion chinoise aux recettes capitalistes semblait donner le coup de grâce à l’expérience « communiste ». Un double jugement de l’histoire, au fond, mettait un point final à une compétition entre les deux systèmes qui avait traversé le XXème siècle.

Le problème, c’est que cette narration est un conte de fées. On aime répéter en Occident que la Chine s’est développée en devenant « capitaliste ». Mais cette affirmation simpliste est démentie par les faits. Même la presse libérale occidentale a fini par admettre que la conversion chinoise au capitalisme est illusoire. Enfin, les Chinois eux-mêmes le disent, et ils ont de solides arguments. Comme point de départ de l’analyse, il faut partir de la définition courante du capitalisme : un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange. Ce système a été progressivement éradiqué en Chine populaire au cours de la période maoïste (1950-1980), et il a effectivement été réintroduit dans le cadre des réformes économiques de Deng Xiaoping à partir de 1979. Une dose massive de capitalisme a ainsi été injectée dans l’économie, mais – la précision est d’importance – cette injection eut lieu sous l’impulsion de l’État. La libéralisation partielle de l’économie et l’ouverture au commerce international relevaient d’une décision politique délibérée.

Pour les dirigeants chinois, il s’agissait de lever des capitaux extérieurs afin de faire croître la production intérieure. Faire place à l’économie de marché était un moyen, et non une fin. En réalité, la signification des réformes se comprend surtout d’un point de vue politique. « La Chine est un Etat unitaire central dans la continuité de l’empire. Pour préserver son contrôle absolu sur le système politique, le parti doit aligner les intérêts des bureaucrates sur le bien politique commun, à savoir la stabilité, et fournir à la population un revenu réel croissant et de meilleures conditions de vie. L’autorité politique doit gérer l’économie de façon à produire plus de richesses plus efficacement. D’où deux conséquences : l’économie de marché est un instrument, pas une finalité ; l’ouverture est une condition d’efficacité et conduit à cette directive économique opérationnelle : rattraper et dépasser l’Occident ».2

C’est pourquoi l’ouverture de la Chine aux flux internationaux fut massive, mais rigoureusement contrôlée. Le meilleur exemple en est fourni par les zones d’exportation spéciales (ZES). Les réformateurs chinois voulaient que le commerce renforce la croissance de l’économie nationale, et non qu’il la détruise », notent Michel Aglietta et Guo Bai. Dans les ZES, un système contractuel lie les entreprises chinoises et les entreprises étrangères. La Chine y importe les ingrédients de la fabrication de biens de consommation industriels (électronique, textile, chimie). La main d’œuvre chinoise fait l’assemblage, puis les marchandises sont vendues sur les marchés occidentaux. C’est ce partage des tâches qui est à l’origine d’un double phénomène qui n’a cessé de s’accentuer depuis trente ans : la croissance économique de la Chine et la désindustrialisation de l’Occident. Cent cinquante ans après les « guerres de l’opium » (1840-1860) qui virent les puissances occidentales dépecer la Chine, l’Empire du Milieu a pris sa revanche.

Car les Chinois ont tiré les leçons d’une histoire douloureuse. « Cette fois, la libéralisation du commerce et de l’investissement relevait de la souveraineté de la Chine et elle était contrôlée par l’État. Loin d’être des enclaves ne profitant qu’à une poignée de “compradors”, la nouvelle libéralisation du commerce fut un des principaux mécanismes qui ont permis de libérer l’énorme potentiel de la population ».3 Une autre caractéristique de cette ouverture, souvent méconnue, est qu’elle bénéficia essentiellement à la diaspora chinoise. Entre 1985 et 2005, elle détient 60 % des investissements cumulés, contre 25 % pour les pays occidentaux et 15 % pour Singapour et la Corée du Sud. L’ouverture au capital « étranger » fut d’abord une affaire chinoise. Mobilisant les capitaux disponibles, l’ouverture économique a créé les conditions d’une intégration économique asiatique dont la Chine populaire est la locomotive industrielle.

Dire que la Chine est devenue « capitaliste » après avoir été « communiste » relève donc d’une vision naïve du processus historique. Qu’il y ait des capitalistes en Chine ne fait pas de ce pays un « pays capitaliste », si l’on entend par cette expression un pays où les détenteurs privés de capitaux contrôlent l’économie et la politique nationales. En Chine, c’est un parti communiste de 90 millions d’adhérents, irrigant l’ensemble de la société, qui détient le pouvoir politique. Faut-il parler de système mixte, de capitalisme d’Etat ? C’est davantage conforme à la réalité, mais encore insuffisant. Dès qu’il s’agit de qualifier le système chinois, l’embarras des observateurs occidentaux est patent. Les libéraux se répartissent entre deux catégories : ceux qui reprochent à la Chine d’être toujours communiste, et ceux qui se réjouissent qu’elle soit devenue capitaliste. Les uns n’y voient qu’un « régime communiste et léniniste » bon teint, même s’il a fait des concessions au capitalisme ambiant.4 Pour les autres, la Chine est devenue « capitaliste » par la force des choses et cette transformation est irréversible.

Certains observateurs occidentaux, toutefois, essaient de saisir le réel avec davantage de subtilité. C’est ainsi que Jean-Louis Beffa, dans un mensuel économique libéral, affirme carrément que la Chine représente « la seule alternative crédible au capitalisme occidental ». « Après plus de trente ans d’un développement inédit, écrit-il, n’est-il pas temps de conclure que la Chine a trouvé la recette d’un contre-modèle efficace au capitalisme à l’occidentale ? Jusque-là, aucune solution de rechange n’était parvenue à s’imposer, et l’effondrement du système communiste autour de la Russie en 1989 avait consacré la réussite du modèle capitaliste. Or la Chine d’aujourd’hui n’y a pas souscrit. Son modèle économique, hybride, combine deux dimensions qui puisent à des sources opposées. La première emprunte au marxisme-léninisme ; elle est marquée par un puissant contrôle du parti et un système de planification vigoureusement appliqué. La seconde se réfère davantage aux pratiques occidentales, qui donnent la part belle à l’initiative individuelle et à l’esprit d’entreprendre. Cohabitent ainsi la mainmise du PCC sur les affaires et un secteur privé foisonnant ».5

Cette analyse est intéressante, mais elle renvoie dos-à-dos les deux dimensions – publique et privée – du régime chinois. Or c’est la sphère publique, manifestement, qui est aux commandes. Dirigé par un puissant parti communiste, l’État chinois est un Etat fort. Il maîtrise la monnaie nationale, quitte à la laisser filer pour stimuler les exportations, ce que Washington lui reproche de façon récurrente. Il contrôle la quasi-totalité du système bancaire. Surveillés de près par l’État, les marchés financiers ne jouent pas le rôle exorbitant qu’ils s’arrogent en Occident. Leur ouverture aux capitaux étrangers est d’ailleurs soumise à des conditions draconiennes fixées par le gouvernement. Bref, le pilotage de l’économie chinoise est confié à la main de fer d’un Etat souverain, et non à la « main invisible du marché » chère aux libéraux. Certains s’en affligent. Libéral bon teint, un banquier international qui enseigne à Paris I relève que « l’économie chinoise n’est ni une économie de marché, ni une économie capitaliste. Pas même un capitalisme d’État, car en Chine c’est le marché lui-même qui est contrôlé par l’Etat ».6 Mais si le régime chinois n’est même pas un capitalisme d’État, est-ce à dire qu’il est « socialiste », c’est-à-dire que l’État y détient la propriété des moyens de production, ou y exerce du moins le contrôle de l’économie ? La réponse à cette question est clairement positive.

La difficulté de la pensée dominante à nommer le régime chinois, on l’a vu, vient d’une illusion longtemps entretenue : abandonnant le dogme communiste, la Chine serait enfin entrée dans le monde merveilleux du capital. On aimerait tant pouvoir dire que la Chine n’est plus communiste ! Convertie au libéralisme, cette nation réintégrerait le droit commun. Retour à l’ordre des choses, une telle capitulation validerait la téléologie de l’homo occidentalis. Mais on a sans doute mal interprété la célèbre formule du réformateur Deng Xiaoping : « peu importe que le chat soit blanc ou noir, pourvu qu’il attrape les souris ». Cela ne signifie pas que le capitalisme et le socialisme sont indifférents, mais que chacun sera jugé sur ses résultats. Une forte dose de capitalisme a été injectée dans l’économie chinoise, sous contrôle de l’État, parce qu’il fallait stimuler le développement des forces productives. Mais la Chine demeure un Etat fort qui dicte sa loi aux marchés financiers, et non l’inverse. Son élite dirigeante est patriote. Même si elle concède une partie du pouvoir économique aux capitalistes « nationaux », elle n’appartient pas à l’oligarchie financière mondialisée. Adepte du « socialisme à la chinoise », formée à l’éthique confucéenne, elle dirige un Etat qui n’est légitime que parce qu’il garantit le bien-être d’un milliard 400 millions de Chinois.

Il ne faut pas oublier, en outre, que l’orientation économique adoptée en 1979 a été rendue possible par les efforts réalisés au cours de la période antérieure. Contrairement aux Occidentaux, les communistes chinois soulignent la continuité – en dépit des changements intervenus – entre le maoïsme et le post-maoïsme. « Beaucoup ont eu à pâtir de l’exercice du pouvoir communiste. Mais ils adhèrent pour la plupart à l’appréciation émise par Deng Xiaoping, lequel avait quelque raison d’en vouloir à Mao Zedong : 70 % de positif, 30 % de négatif. Une phrase est aujourd’hui très répandue parmi les Chinois, révélatrice de leur jugement sur Mao Zedong : Mao nous a fait tenir debout, Deng nous a enrichis. Et ces Chinois estiment tout à fait normal que le portrait de Mao Zedong figure sur les billets de banque. Tout l’attachement que les Chinois affichent encore aujourd’hui pour Mao Zedong tient à ce qu’ils l’identifient à la dignité nationale retrouvée ».7

Il est vrai que le maoïsme a mis fin à cent cinquante ans de décadence, de chaos et de misère. La Chine était morcelée, dévastée par l’invasion japonaise et la guerre civile. Mao l’a unifiée. En 1949, elle est le pays le plus pauvre du monde. Son PIB par tête atteint la moitié environ de celui de l’Afrique et moins des trois quarts de celui de l’Inde. Mais de 1950 à 1980, durant la période maoïste, le PIB s’accroît de façon régulière (2,8 % par an en moyenne annuelle), le pays s’industrialise, et la population passe de 552 millions à 1 017 millions d’habitants. Les progrès en matière de santé sont spectaculaires, et les principales épidémies sont éradiquées. Indicateur qui résume tout, l’espérance de vie passe de 44 ans en 1950 à 68 ans en 1980. C’est un fait indéniable : malgré l’échec du « Grand Bond en avant », et malgré l’embargo occidental – ce qu’on oublie généralement de préciser – la population chinoise a gagné 24 ans d’espérance de vie sous Mao. Les progrès en matière d’éducation ont été massifs, notamment dans le primaire : la part de la population analphabète passe de 80 % en 1950 à 16 % en 1980. Enfin, la femme chinoise – qui « porte la moitié du ciel », disait Mao – a été éduquée et affranchie d’un patriarcat ancestral. En 1950, la Chine était en ruines. Trente ans plus tard, elle est encore un pays pauvre du point de vue du PIB par habitant. Mais c’est un Etat souverain, unifié, équipé, doté d’une industrie naissante. L’atmosphère est frugale, mais la population est nourrie, soignée et éduquée comme elle ne l’a jamais été au XXème siècle.

Cette réévaluation de la période maoïste est nécessaire pour comprendre la Chine actuelle. C’est entre 1950 et 1980 que le socialisme a jeté les bases du développement à venir. Dès les années 70, par exemple, la Chine perçoit le fruit de ses efforts en matière de développement agricole. Une silencieuse révolution verte a fait son chemin, bénéficiant des travaux d’une académie chinoise des sciences agricoles créée par le régime communiste. A partir de 1964, les scientifiques chinois obtiennent leurs premiers succès dans la reproduction de variétés de riz à haut rendement. La restauration progressive du système d’irrigation, les progrès réalisés dans la reproduction des semences et la production d’engrais azotés ont transformé l’agriculture. Comme les progrès sanitaires et éducatifs, ces avancées agricoles ont rendu possible les réformes de Deng, elles ont constitué le socle du développement ultérieur. Et cet effort de développement colossal n’a été possible que sous l’impulsion d’un Etat planificateur, la reproduction des semences, par exemple, nécessitant des investissements dans la recherche impossibles dans le cadre des exploitations individuelles.8

En réalité, la Chine actuelle est fille de Mao et de Deng, de l’économie dirigée qui l’a unifiée, et de l’économie mixte qui l’a enrichie. Mais le capitalisme libéral à l’occidentale, en Chine, est aux abonnés absents. Il arrive que la presse bourgeoise rende compte avec lucidité de cette indifférence des Chinois à nos propres lubies. On lit dans Les Echos, par exemple, que les Occidentaux ont « commis l’erreur d’avoir pu penser qu’en Chine, le capitalisme d’Etat pourrait céder le pas au capitalisme de marché ». Que reproche-t-on aux Chinois, en définitive ? La réponse ne manque pas de surprendre dans les colonnes d’un hebdomadaire libéral : « La Chine n’a pas la même notion du temps que les Européens et les Américains. Un exemple ? Jamais une entreprise occidentale ne financerait un projet qui ne serait pas rentable. Pas la Chine qui pense à très long terme. Avec sa puissance financière publique accumulée depuis des décennies, elle ne se préoccupe pas en priorité d’une rentabilité à court terme si ses intérêts stratégiques le lui commandent ». Puis l’analyste des Echos conclut : « Cela lui est d’autant plus facile que l’Etat garde la mainmise sur l’économie. Ce qui est impensable dans le système capitaliste tel que l’Occident le pratique, cela ne l’est pas en Chine ». On ne saurait mieux dire ! 9

Evidemment, cet éclair de lucidité est inhabituel. Il change des litanies coutumières selon lesquelles la dictature communiste est abominable, Xi Jinping est déifié, la Chine croule sous la corruption, son économie est chancelante, son endettement abyssal et son taux de croissance en berne. Enfilade de lieux communs et fausses évidences à l’appui, la vision que donnent de la Chine les médias dominants brille le plus souvent par un simplisme narquois. On prétend comprendre la Chine en la soumettant au lit de Procuste des catégories préétablies chères au petit monde médiatique. Communiste, capitaliste, un peu des deux, ou autre chose encore ? Dans les sphères médiatiques, on y perd son chinois. Difficile d’admettre, sans doute, qu’un pays dirigé par un parti communiste a réussi en trente ans à multiplier par 17 son PIB par habitant. Aucun pays capitaliste ne l’a jamais fait.

Comme d’habitude, les faits sont têtus. Le parti communiste chinois n’a nullement renoncé à son rôle dirigeant dans la société, et il fournit son ossature à un Etat fort. Hérité du maoïsme, cet Etat conserve la maîtrise de la politique monétaire et contrôle le système bancaire. Restructuré dans les années 1990, le secteur public demeure la colonne vertébrale de l’économie chinoise : représentant 40% des actifs et 50% des profits générés par l’industrie, il prédomine à 80-90 % dans les secteurs stratégiques : la sidérurgie, le pétrole, le gaz, l’électricité, le nucléaire, les infrastructures, les transports, l’armement. En Chine, tout ce qui est important pour le développement du pays et pour son rayonnement international est étroitement contrôlé par un Etat souverain. Ce n’est pas en Chine qu’un président de la République braderait au capitalisme américain un joyau industriel comparable à Alstom, offert par Macron à General Electric dans un paquet-cadeau.

En lisant la résolution finale du dix-neuvième congrès du Parti communiste chinois (octobre 2017), on mesure l’ampleur des défis. Lorsque cette résolution affirme que “le Parti doit s’unir pour remporter la victoire décisive de l’édification intégrale de la société de moyenne aisance, faire triompher le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère, et lutter sans relâche pour réaliser le rêve chinois du grand renouveau de la nation”, il faut peut-être prendre ces déclarations au sérieux. En Occident, la vision de la Chine est obscurcie par les idées reçues. On s’imagine que l’ouverture aux échanges internationaux et la privatisation de nombreuses entreprises ont sonné le glas du “socialisme à la chinoise”. Mais rien n’est plus faux. Pour les Chinois, cette ouverture est la condition du développement des forces productives, et non le prélude à un changement systémique. Les réformes économiques ont permis de sortir 700 millions de personnes de la pauvreté, soit 10% de la population mondiale. Mais elles s’inscrivent dans une planification à long terme dont l’Etat chinois conserve la maîtrise. Aujourd’hui, de nouveaux défis attendent le pays : la consolidation du marché intérieur, la réduction des inégalités, le développement des énergies vertes et la conquête des hautes technologies.

En devenant la première puissance économique de la planète, la Chine populaire sonne le glas de la prétendue « fin de l’Histoire ». Elle renvoie à la deuxième place une Amérique finissante, minée par la désindustrialisation, le surendettement, le délabrement social et le fiasco de ses aventures militaires. Contrairement aux USA, la Chine est un empire sans impérialisme. Placé au centre du monde, l’Empire du Milieu n’a pas besoin d’étendre ses frontières. Respectueuse du droit international, la Chine se contente de défendre sa sphère d’influence naturelle. Elle ne pratique pas le “regime change” à l’étranger. Vous n’avez pas envie de vivre comme les Chinois ? Aucune importance, ils n’ont pas l’intention de vous convertir. Auto-centrée, la Chine n’est ni conquérante ni prosélyte. Les Occidentaux font la guerre pour enrayer leur déclin, quand les Chinois font des affaires pour développer leur pays. Au cours des trente dernières années, la Chine n’a mené aucune guerre et a multiplié son PIB par 17. Dans la même période, les USA ont mené une dizaine de guerres et précipité leur décadence. Les Chinois ont éradiqué la pauvreté, quand les USA déstabilisaient l’économie mondiale en vivant à crédit. En Chine la misère recule, tandis qu’aux USA elle progresse. Que cela plaise ou non, le « socialisme à la chinoise » met une fessée au capitalisme à l’occidentale. Décidément, la « fin de l’Histoire » peut en cacher une autre.

Bruno Guigue

(La Pensée libre, août 2018)

 

1Francis Fukuyama, La fin de l’Histoire et le dernier homme, 1993, Flammarion.

2Michel Aglietta et Guo Bai, La Voie chinoise, capitalisme et empire, Odile Jacob, 2012, p.17.

3Ibidem, p. 186.

4Valérie Niquet, « La Chine reste un régime communiste et léniniste », France TV Info, 18 octobre 2017.

5Jean-Louis Beffa, « La Chine, première alternative crédible au capitalisme », Challenges, 23 juin 2018.

6Dominique de Rambures, La Chine, une transition à haut risque, Editions de l’Aube, 2016, p. 33.

7Philippe Barret, N’ayez pas peur de la Chine !, Robert Laffont, 2018, p. 230.

8Michel Aglietta et Guo Bai, op. cit., p.117.

9Richard Hiaut, « Comment la Chine a dupé Américains et Européens à l’OMC », Les Echos, 6 juillet 2018.

 

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