Privatisation des barrages français : un acte de haute trahison

Posté par onsbouge le 8 juillet 2019

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Paru sur   ASSOCIATION NATIONALE DES COMMUNISTES

Privatisation des barrages français : un acte de haute trahison

lundi 8 juillet 2019 par Bertrand Rouzies

Privatisation des barrages français : un acte de haute trahison dans - DROITSLe gouvernement Philippe, naufrageur de l’intérêt général, a capitulé sans combattre devant une vieille exigence de la Commission européenne. La France, en pleine phase de transition vers un nouveau modèle énergétique, sera le seul pays européen à affaiblir un secteur vital. Un crime irrémissible contre l’avenir.

Il fallait s’y attendre. Confier la clef des communs à un transfuge de la banque Rothschild et à un ancien directeur des affaires publiques (autrement dit lobbyiste) d’Areva pour contrer une idéologie d’extrême droite dont on voit bien qu’elle infuse bien au-delà du parti qui l’incarne et s’accommode volontiers du régime néolibéral, sinon l’étaye, c’est comme affecter Renard le goupil et Grimbert le blaireau à la garde de la bergerie pour décourager les entreprises d’Ysengrin le loup : la tentation est trop forte, pour chaque prédateur, de se payer sur l’agneau, en bonne entente avec les autres.

Histoire d’une forfaiture politique

Le 7 février dernier, le gouvernement Philippe, après avoir fait savoir en automne 2017 à l’interfédérale des salariés du secteur hydroélectrique français qu’il ne trouvait rien à redire au principe, a donc acté la privatisation. D’ici 2023, 150 des plus grands barrages (plus de 20 mètres de haut) devraient être vendus, pour une puissance totale de 4,3 GW équivalant à celle de trois réacteurs nucléaires de nouvelle génération. Le reliquat du parc public, sauf effondrement global, sera mis à l’encan avant 2050. EDF, société détenue à 83,5 % par l’État, gère 85 % des 433 concessions du pays (une concession représente un ou plusieurs barrages raccordés à une même centrale électrique). Engie et des structures régionales comme la Compagnie nationale du Rhône ou la Société hydroélectrique du Midi se partagent les 15 % restants. Les concessions visées, accordées par l’État propriétaire à EDF après la Seconde guerre mondiale, arrivent à échéance.

 france dans - ENERGIE

Cela faisait dix ans que la Commission européenne réclamait cette privatisation, en louvoyant sur la terminologie, avec un acharnement spécial et suspect de la part de la commissaire à la concurrence Margrethe Vestager depuis sa nomination en 2014. Macron et Philippe l’ont signée, sans l’ombre d’une hésitation. Il s’agit de mettre fin à l’abus de « position dominante » d’EDF, incompatible avec l’article 106 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. On n’est plus à une incohérence près. Le secteur nucléaire, réputé stratégique mais en faillite, on n’y touche pas ; en revanche, le secteur hydroélectrique, très profitable mais réputé non stratégique par notre tandem, on peut le vendre à la découpe.

Les charognards rôdent depuis longtemps et se sont fait connaître : E.ON (Allemagne), Enel (Italie), Statkraft (Norvège), Fortum (Suède), Vattenfall (Suède) et Alpiq (Suisse), entre autres. Sous la mandature présidentielle précédente, certains avaient au moins fait mine de résister. Les ministres socialistes Delphine Batho et Ségolène Royal, par exemple, avaient tenté de trouver un moyen terme en proposant de créer des sociétés d’économie mixte pour opérer les petits barrages : la puissance publique y aurait conservé une minorité de blocage de 34 % pour encadrer les éventuels repreneurs privés. Le 16 mai 2014, un décret, le no 2014-479, avait même étendu à de nouveaux secteurs de l’énergie, de l’eau, des transports, des télécommunications et de la santé publique les pouvoirs du décret no 2005-1739, qui portent sur la possibilité donnée au gouvernement de mettre un veto sur des investissements étrangers qui portent atteintes aux intérêts stratégiques.

Delphine Batho eût souhaité une renationalisation d’EDF, idée hérétique que Bercy s’empressa d’étouffer dans l’œuf. Vains contre-feux. En juin 2015, la Commission européenne, pas dupe de ces manœuvres, a estimé qu’elles contrevenaient à son obsession de la concurrence « libre et non faussée » et a sommé Paris « d’accélérer l’ouverture à la concurrence des concessions hydroélectriques ». Notons au passage que, dans la phraséologie néolibérale, la concurrence « libre et non faussée » ne s’applique qu’au secteur économique – avec les nombreuses exceptions que l’on sait – et pas à la compétition électorale, où les rabais arrangeants sont tolérés.

Le gouvernement Philippe avait une arme pour s’opposer à la Commission, ce décret n° 2014-479. Il n’en a pas usé et a même appuyé sur l’accélérateur. Le scandale n’est pas tant qu’on ait osé, sous couvert de mise en concurrence, demander à la France, qui a le deuxième parc hydroélectrique installé en Europe, de privatiser ses barrages, mais qu’un gouvernement français ait accédé à cette demande le plus servilement du monde, comme si le secteur hydroélectrique n’était pas stratégique, ne fût-ce que pour honorer les engagements de la COP21. En Allemagne, les concessions sont déléguées aux Länder et la Slovénie a constitutionnalisé un « grand service public de l’eau ». Hors UE, en Norvège, qui tire 99 % de son électricité des barrages, les licences hydroélectriques ne sont accordées qu’à des opérateurs publics.

Poule aux œufs d’or et indispensable force d’appoint

Il faut dire que pour la concurrence si chère à Margrethe Vestager, les barrages français, avec leur excédent brut de 2,5 milliards d’euros par an, dont la moitié revient aux collectivités locales, leur masse salariale faible (21 000 salariés) et leurs installations amorties depuis des lustres, sont une proie de choix. La bête, de surcroît, a été statutairement affaiblie en 2004 par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, quand l’établissement public, au nom du credo de la libéralisation, professé en chaire à Bruxelles comme à Paris, est devenu société anonyme, ce qui l’a fait sortir du régime dérogatoire à la mise en concurrence prévu par l’article 41 (abrogé en 2016) de la loi Sapin de 1993.

Elle l’a été également sur le plan technique, dès avant que la Commission ne revînt à la charge, par un certain… Emmanuel Macron : une de ses premières grandes décisions et son premier grand acte de trahison comme ministre de l’économie aura été d’autoriser l’investissement de l’américain General Electric dans Alstom. General Electric est à présent actionnaire à 50 % de la branche énergie d’Alstom, qui ravitaille en pièces essentielles les centrales nucléaires (turbines Arabelle de Belfort) et les barrages… Dans l’usine GE-hydro de Grenoble, un plan social de 345 postes (sur 800) assombrit l’avenir du site.

Depuis plus d’un siècle, forte d’un savoir-faire unique et mondialement reconnu, cette usine fabriquait sur mesure les turbines des grands barrages français et en assurait la maintenance. En plus d’avoir fourni 25 % de la puissance hydraulique installée dans le monde (dont le barrage des Trois-Gorges en Chine, qui n’est sans doute pas son meilleur motif de gloire) et permis l’essor industriel des Alpes françaises, ses carnets de commandes sont pleins. Oui, pleins ! La décision de GE et le silence du gouvernement sur ce dossier, Nicolas Hulot inclus (les couleuvres, à force, lui sortent par la bouche), sont incompréhensibles, à moins d’y voir une volonté délibérée, d’abord subreptice, désormais frontale, de saborder un secteur vital, de la manufacture aux usages.

Car le secteur hydroélectrique est vital, comme le rappelait Martine Orange en novembre 2015. Il représente 12,5 % de la production d’électricité française, près de 70 % des énergies renouvelables. C’est l’électricité la moins onéreuse : de 20 à 30 euros le MWh. Les centrales hydroélectriques fournissent 66 % de la capacité d’appoint rapide (moins de deux minutes) lors des pics de consommation (le reste est assuré par les centrales thermiques). Les barrages, par leurs réserves d’eau, compensent l’intermittence des autres énergies renouvelables et, inversement, en cas de surplus de production de ces dernières, reconstituent leurs stocks par pompage. Par ailleurs, certaines installations complexes, avec conduite forcée et vastes lacs de retenue, nécessitent des compétences particulières et un sens avisé de la coordination avec les collectivités locales bénéficiaires, et ne supportent pas l’amateurisme.

Enfin, la bonne gestion du niveau des fleuves et rivières est essentielle pour le refroidissement des centrales nucléaires (mantien d’un étiage l’été), implantées majoritairement sur des cours d’eau jalonnés de barrages. On ne peut « arrêter le nucléaire » comme on mouche une chandelle. On peut (on doit) geler la construction de nouvelles centrales, on peut (on doit) les faire démanteler par les nucléocrates, qui seraient malvenus de nous accuser de les envoyer à une mort certaine sans se récuser, mais on a l’obligation vis-à-vis des générations futures d’entretenir et de surveiller sur une échelle de temps inédite les sites de production et de stockage. Nous sommes condamnés à accompagner l’interminable agonie de l’industrie nucléaire et le secteur hydroélectrique est partie prenante de cette veillée cauchemardesque. Les deux secteurs sont donc liés stratégiquement et, en l’occurrence, puisqu’il y va de la sécurité collective et même globale, puisque les pollutions nucléaires ignorent les frontières, affaiblir le secteur des barrages est un crime contre l’avenir et contre les nations.

 dans - LUTTES

Planification d’un désastre

Philippe comme Macron ne peuvent ignorer les méfaits et les dangers mortels de l’immixtion de la concurrence dans les secteurs vitaux. Nous ne citerons que l’inquiétant précédent de la grève de la maintenance organisée par General Electric, justement, dans les centrales nucléaires françaises. L’épisode est rappelé par Pierre Gilbert, dans un article très complet sur la question de la privatisation des barrages. C’était en février 2016. General Electric, par le moyen d’une grève « prenant en otage » (salauds de patrons !) toute une industrie sensible, sans que BFMTV ait daigné faire un micro-trottoir auprès des usagers et éventuels riverains que nous sommes, a cherché à obtenir et a obtenu d’EDF, après plusieurs centaines d’incidents, des conditions plus avantageuses (en termes de responsabilité financière en cas… d’incident). La course à la défausse était lancée. La « libre » concurrence libère en premier lieu ses adeptes du scrupule.

On imagine fort bien à quels types de chantage les nouveaux propriétaires de barrages pourraient se livrer pour augmenter leurs gains au détriment des communs et de la sécurité : rétention jusqu’au seuil de la pénurie pendant les pics de consommation pour faire monter les prix (rien ne l’empêche juridiquement), fin des lâchers d’eau gratuits en fonction des besoins des vallées (loisirs, agriculture), entre autres exemples signalés par Pierre Gilbert. Un opérateur privé va-t-il anticiper les sécheresses en réfléchissant à des plans de stockage sur le long terme ? Et quid de la maintenance ? EDF investit 400 millions d’euros par an dans l’entretien et le renforcement de ses barrages, dont certains ne sont plus tout jeunes et risqueraient, en cas d’économies de bouts de chandelle, de provoquer des catastrophes. Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, a déjà prévenu que certains investissements étaient obérés par l’incertitude pesant sur le destin des barrages français. Hors de question pour l’entreprise de lancer des travaux qui profiteraient à de futurs acquéreurs privés. Sauf que certains travaux sont, pour le dire sèchement, urgents.

Voilà le genre de petit jeu malsain qu’alimente la concurrence « libre et non faussée ». Le témoignage de Jean-Louis Chauz, président du Conseil économique, social et environnemental d’Occitanie, illustre bien l’appréhension qui gagne peu à peu les collectivités : « En 2035, le déficit de stockage d’eau pour la nouvelle démographie de la région et les besoins de l’agriculture, des écosystèmes, de la préservation de la biodiversité, sera de 1 milliard de m3. EDF et Engie ont provisionné les budgets nécessaires pour engager les travaux pour le stockage d’eau. À l’heure où l’Occitanie est confrontée à un problème majeur de ressources en eau dans les années à venir, à même de compromettre son développement, voire sa sécurité sanitaire, il est incompréhensible et dangereux de chercher à complexifier une organisation de la gestion de l’eau… »

Et s’il ne fallait retenir de cette privatisation que le gain pour les caisses de l’État, là encore les comptables qui nous gouvernent seraient bien en peine de lui trouver quelque avantage. La Cour des comptes a calculé que si l’État en retirait 520 millions d’euros par an de redevances, ce serait Byzance. 520 millions d’euros, ce n’est jamais que cinq fois moins que l’excédent brut actuel…

Instruire le procès en haute trahison

Dans l’article 68 (révisé en 2007) de la Constitution, il est dit que « le président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat ». Pour un président de la République, la haute trahison, au sens de l’article 68 avant révision, se définit comme l’action volontaire d’aller contre les principes que la Constitution le charge de défendre ès qualités. Parmi ces principes, l’article 5 par exemple : « Le président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État. Il est le garant de l’indépendance nationale et de l’intégrité du territoire. » Il me semble que cet article 5 englobe la question de l’approvisionnement énergétique.

Le président Macron est donc coupable, sur ce dossier, de « manquement », conjointement avec le premier ministre. On ne peut charger la seule Commission européenne. Ce sont les deux mâchoires d’une même tenaille. Le 6 décembre 2017, des députés et élus territoriaux de La France insoumise publiaient une tribune de protestation sur le site Reporterre. Il fallait aller plus loin, frapper plus fort, car un tel « manquement » déchire notre horizon et foule ostensiblement aux pieds la Constitution.

La privatisation des barrages apporte une énième fois la preuve que nous sommes dirigés soit par des zélotes persuadés du bien-fondé de leur doctrine qui pensent servir l’État en le dépouillant, soit par des naufrageurs embarqués qui, après avoir ôté les derniers rivets de la carène, sabotent les pompes de secours. Eu égard à la Constitution et à ma conception de l’intérêt général, de même que le renoncement politique sur le glyphosate et plus globalement sur l’addiction française aux produits phytosanitaires, cette décision m’apparaît comme un crime contre les intérêts vitaux de la France et des pays voisins, et contre les générations futures, en tant qu’elle fait obstacle à la transition vers une économie décarbonée, ajoutant une complexité inutile à une complexité déjà mortifère.

Tout crime contre l’avenir relève de la haute trahison. Si un certain monde doit disparaître à l’issue des bouleversements climatiques et énergétiques qui ont commencé, il me semble essentiel d’identifier dès maintenant les saccageurs de ce qu’il reste des sociétés humaines, afin que la colère civique ne se déchaîne pas tous azimuts, qu’elle aille frapper au cœur de l’hydre, plutôt que d’en trancher sottement les têtes sans cesse renaissantes.

Damnatio memoriæ pour MM. Macron et Philippe, ainsi que pour leurs comparses, dès après leur mort politique.

***

Voir en ligne : https://blogs.mediapart.fr/bertrand…


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CONTRE LA PRIVATISATION DES BARRAGES HYDROÉLECTRIQUES, ENTRETIEN AVEC HUBERT WULFRANC

Posté par onsbouge le 2 juillet 2019

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CONTRE LA PRIVATISATION DES BARRAGES HYDROÉLECTRIQUES, ENTRETIEN AVEC HUBERT WULFRANC

Publié le 2 juillet 2019 par FSC

SOURCE : https://histoireetsociete.wordpress.com/2019/07/02/contre-la-privatisation-des-barrages-hydroelectriques-entretien-avec-hubert-wulfranc/

A LA UNE ENVIRONNEMENT
30 juin 2019 Clémentine Le Duey

Hubert Wulfranc, députée communiste de Seine-Maritime, est premier signataire d’une proposition de résolution contre la privatisation des barrages à l’Assemblée Nationale. Cette proposition a été cosignée par une petite centaine de députés issues du parti communiste français, du parti socialiste, mais aussi de la majorité présidentielle ou de l’opposition de droite ou encore de la FI.

CONTRE LA PRIVATISATION DES BARRAGES HYDROÉLECTRIQUES, ENTRETIEN AVEC HUBERT WULFRANC dans - ECLAIRAGE - REFLEXION ob_d852d3_wulfrang

BONJOUR HUBERT, PEUX TU EXPLIQUER AUX LECTEURS ET LECTRICES DE L’AVANT GARDE LA QUESTION QUI SE POSE ACTUELLEMENT À L’ASSEMBLÉ SUR L’ÉNERGIE L’HYDRAULIQUE?

Hubert Wulfranc
La question de l’hydroélectricité se pose plus vivement ces derniers mois et plus sensiblement ces deux, trois dernières années dans la mesure où l’état français, les gouvernements successifs sont sous le coup d’une injonction européenne qui consiste pour ce qui concerne la France et d’autres pays européens. Une injonction qui tente à ouvrir à la concurrence tout ou partie des installations fournissant l’électricité du pays dans la mise en œuvre qu’on connaît malheureusement bien de libéralisation et d’ouverture à la concurrence là dans un secteur qui est celui de l’hydroélectricité.
Injonction européenne qui date d’un petit peu avant 2010, elle n’avait pas été prise en compte par les gouvernements successifs, gênés par la réaction que pourrait susciter l’ouverture à la concurrence des barrages. D’or et déjà c’était manifesté à l’échelle des salarié·e·s, des acteurs du terrain une forte opposition à cette ouverture. Le gouvernements Hollande avait tergiversé également en essayant de répondre à cette injonction via un système qui mettrait tout de même à mal le système hydroélectrique tel qu’il est aujourd’hui c’est à dire concédé à trois opérateurs historiques : EDF, la SHEM (Société Hydro-Electrique du Midi), GNR qui sont encore étroitement sous maîtrise publique.

Il s’avère que depuis plusieurs mois, on savait que le gouvernement Macron avait repris les négociations pour céder à cette injonction européenne qui révèle sans doute un vaste marchandage européen « tu me prend ça je te donne ça basta ». La réaction des salarié·e·s s’est faite à nouveau très vive vis à vis des réelles menaces qui revenaient d’actualité. Ainsi effectivement le deuxième couperet est tombé fin février début mars rappelant la France mais aussi à l’Allemagne, la Finlande… Ce qui témoigne d’un retour autoritaire de l’injonction européenne à l’orthodoxie de l’ouverture à la concurrence mais ce qui témoigne aussi d’une difficulté de l’Europe puisqu’il a fallu une deuxième injonction. Là on est vraiment sur un terrain où les libéraux en Europe ou en France sont en ce moment placé en difficulté. Voilà le cadre général.

POURQUOI C’EST UN SUJET AUSSI SENSIBLE ?

Hubert Wulfranc
L’hydroélectricité c’est en France et plus encore dans certains pays est la première source d’énergie renouvelable et pilotable au niveau électrique et par conséquent c’est un outil irremplaçable dans une stratégie globale de l’énergie, chez nous c’est 12% de la production d’électricité.

C’EST AUSSI LA RÉTENTION D’EAU…

Hubert Wulfranc
Exactement en terme de gestion de la ressource en eau c’est stratégique, les barrages français c’est 7 millions de mètres cubes d’eau retenus dans nos barrages et qui donc participent non seulement aux activités économiques des territoires concernés mais aussi à l’irrigation, l’agriculture,les loisirs etc. mais aussi la sécurité des biens et des personnes par rapport notamment aux problèmes de crues autant de préoccupations qui grandissent avec le réchauffement climatique. Et enfin sécurité des biens et des personnes au niveau du refroidissement des centrales nucléaires. Donc véritablement un outil stratégique tant au niveau énergétique, électrique et un rôle majeur dans la gestion de la ressource en eau au niveau d’un vaste territoire, en amont et en aval c’est des centaines de kilomètres autours qui sont concernés.

C’EST AUSSI UN ENJEU POLITIQUE ?

Hubert Wulfranc
Politique au sens noble du terme:  on peut imaginer ce que cela pourrait engendrer même avec un cahier des charges qui serait attentif, ce que pourrait entraîner une segmentation des concession sur rivières et fleuves concernés. Évidemment des opérateurs privés qui devront se faire une marge au passage, qui dit marge dit déjà problème majeur,et risques de dérégulations économiques et social sur les territoires mais aussi désoptimisation de la production avec derrière les effets en chaînes: l’actualité a démontré que sur certaines pointes de consommation électrique constatées ces dernières années, en 2012, en 2018, seul l’hydraulique et sa gestion nous garantissent de pouvoir maîtriser l’électricité quand on en a besoin.
Si des éléments d’intéressements privés pouvaient peser à l’instant T quand on est dans des négociations de demande forte c’est susceptible de déboucher sur des black out concrètement. Voila un peu aussi l’enjeu de fond.

QUELLES RÉPONSES À APPORTER CONTRE LA PRIVATISATION DE L’HYDRAULIQUE ? 

Hubert Wulfranc
Il y a plusieurs fronts, il s’agit de dire non mais il s’agit aussi de contre-proposer. On a eu l’opportunité de travailler avec la CGT énergie, qui a élaboré un travail très important de contre-proposition qui est tout à fait permise par les dispositions européennes qui est de prendre la décision politique de la création de ce qu’on appelle un service d’intérêt public général  permettrait si le gouvernement français le décide d’extraire la France de l’injonction européenne de l’ouverture à la concurrence.

CONCRÈTEMENT COMMENT SE DÉROULE CE TRAVAIL DE CONTRE-PROPOSITION ? 

Hubert Wulfranc
Cette proposition on a commencé à la porter depuis quelques mois pendant une semaine de contrôle du gouvernement. On a demandé au nom du groupe GDR, un débat sur l’hydroélectricité, pour aller chercher le gouvernement sur ce terrain là puisque les négociations avec bruxelles sont quand même très opaques. C’était fin février, début mars au moment où tombait la deuxième injonction de bruxelles. On a constaté que beaucoup de parlementaires étaient interpellés par cette question, ce qui nous a amenés à consolider ce débat par cette proposition de résolution qui a été bouclé au mois d’avril.
Elle confirme qu’au-delà du groupe communiste nombreux sont ceux qui se rangent désormais définitivement contre l’ouverture à la concurrence et se rangent désormais pour la création d’un service public d’intérêt général au niveau national. La deuxième injonction européenne nous consolide dans cette volonté sachant que six ou sept autres pays sont dans la même situation, nous pourrions envisager d’agir pour obtenir l’extraction du domaine de l’hydroélectricité de la mise en concurrence.

BRUXELLES RÉPOND AUX INTÉRÊTS DE QUI ?

Hubert Wulfranc
J’utiliserais à la limite un argument qui n’est pas celui des communistes mais qui est un socle commun de ceux qui ont signé la résolution, ont est là dans une mise en place mécanique de l’orthodoxie libérale, Bruxelles c’est ça. Nous nous sommes toujours opposés de tout temps et de tout lieux à cette marchandisation des services publics.

On voit que pour certaines formations politiques qui passent des compromis ou qui sont clairement libéraux, l’argument de l’indépendance nationale, pour les libéraux «territoriaux » qui sont très en contact avec les élu·e·s locaux, c’est un risque d’éloignement des interlocuteurs historiques : des maires, des conseillers territoriaux parce que la flotte c’est le quotidien. Quand t’as un barrage sur ta circonscription, il y a des organes de gestions de tels installations et ça fait des années que les élus avec EDF construisent une gestion, si du jour au lendemain c’est la boite autrichienne ou allemande qui débarque et qui va obtenir la gestion d’un segment, non seulement on perturbe les garanties mais on coupe le dialogue.

QUELLES RÉACTIONS DES AUTRES PAYS ?

Hubert Wulfranc
Je suis trop sédentaire et pas introduit dans les arcanes de Bruxelles pour te dire ce qu’il en ait mais à l’instant T et à l’échelle nationale: actuellement on a une opposition plurielle c’est une initiative des communistes mais on a des gens qui en plus sont très spécialisés comme par exemple Delphine Batto ou Marie Noëlle Batistel on pense qu’on peut faire reculer à la fois bruxelles et les tentations de l’état, parce que clairement s’est matérialisé une opposition forte, d’abord les salarié·e·s et désormais les parlementaires, et parce que certains qui eux fréquentent les arcanes et nous disent qu’il y a des doutes à Bruxelles.

Notamment un premier rétropédalage de Bruno Lemaire. On sent que ça branle dans le manche, c’est bon signe. Sur le fond, et aussi politiquement que de vérifier qu’on pourrait mettre un coup au gouvernement notamment à l’initiative des communistes. C’est bon signe sur d’autres dossiers, comme ADP.

ON A VU CE QU’A DONNÉ LA PRIVATISATION D’UN BOUT DU SECTEUR DE L’ÉNERGIE, DES HAUSSES DE TARIFS ÉNORME NOTAMMENT, À L’INVERSE QU’EST CE QUE SERAIT L’INTÉRÊT D’UN SERVICE PUBLIC DE L’ÉNERGIE ?

Hubert Wulfranc
C’est un gros sujet, si on veut un peu s’extraire du dossier de l’hydroélectricité qui est un morceau important mais un morceau seulement, si on aborde la question d’un service public de l’électrique mais aussi d’un service public de la transition énergétique parce que l’un ne va pas sans l’autre, qu’est-ce que ça peut être pour nous ? Les pistes de propositions et d’actions, si on est convaincu et personne ne le dément que la transition écologique est une obligation, ça ne peut être une réussite que si elle est socialement et économiquement juste.

A ce moment-là il y a plusieurs passages nécessaires qu’il convient de défendre, d’une part la priorité doit être la sobriété énergétique donc déployer des politiques publiques notamment dans le domaine du logement et du transport qui nécessiterait des investissements majeur pour que les besoins en terme d’énergie baisse sensiblement. A la fois en terme de climat mais aussi en terme social et économique, aujourd’hui par rapport à des objectifs de rénovations thermique qui sont fixés à 500 000 logements annuellement alors qu’il y a 7 millions de passoires énergétique dans le pays, ils s’en fait en réalité 120 000 environ par défaut de politique publique.

Du côté des transports, la loi mobilité consolide l’orientation qui est prise c’est à dire le tout routier au détriment du transport collectif.

Aujourd’hui tous ceux qui se préoccupent de la transition écologique plaident pour que la priorité soit donnée à la sobriété énergétique, je dis bien sobriété qui ne doit pas vouloir dire précarité énergétique, il y a 5 millions de foyers, donc 13 millions de personnes, qui sont en précarité énergétique, quand on isole un logement on réduit largement sa consommation, on répond donc à deux enjeux, social et climatique c’est la priorité. Après ce n’est pas parce qu’on consommerait moins qu’il ne vaudrait pas réorganiser notre mode de production. Quand le gouvernement veut détourner la maîtrise publique de l’électricité vers le privé, comme l’exemple de Engie, ou le choix qui est fait sur les énergies renouvelables c’est à dire de sponsoriser sur l’argent publique au détriment d’EDF, solaire ou éolienne : aujourd’hui 30 opérateurs sont sur ce marché, à coup de subventions publiques, c’est une jungle, qui concurrence EDF tout en profitant de ces bas tarifs.
Une incidence très claire, la hausse des tarifs, plus de 6% cette année, c’est la conséquence d’une volonté de sauver la peau de ces opérateurs privés, et au final c’est le consommateur qui paie. Des opérateurs privées qui se sont nourris grassement sur la vache EDF pendant des années.

LES COLLECTIVITÉS ELLES MÊMES SONT ELLES EN OBLIGATION DE METTRE AU POINT LA SOBRIÉTÉ ÉNERGÉTIQUE?

Hubert Wulfranc
Les collectivités font des efforts, mais là encore sans volonté nationale ce n’est pas possible, il en va de même sur la rénovation thermique de l’habitat qui sont subventionnés mais les moyens sont en dessous des besoins. La baisse des APL est une mise à mal supplémentaire de ces politiques du côté des logements sociaux. Il y a des actions mais qui sont sans commune mesure avec l’urgence climatique.

UN MOT DE LA FIN ?

Hubert Wulfranc
C’est une lutte intéressante parce qu’elle allie national et local, c’est souvent un sujet oublié dans le débat énergétique, et surtout il ne faut pas cesser de le rappeler, c’est une énergie renouvelable ET pilotable, elle peut s’adapter aux situations de tensions du pays. Il y a encore des capacités qui ne sont pas utilisé au niveau de l’hydraulique. C’est aussi une énergie renouvelable qui n’a pas un bilan humain, qui ne nécessite pas de piller de terres pour sa construction. Evidemment c’est aussi l’énergie renouvelable la plus rentable.


Publié par   FRONT SYNDICAL DE CLASSE
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ADRESSE SOLENNELLE DE LA CGT-ENERGIE-PARIS

Posté par onsbouge le 21 juin 2019

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électriciens et gaziers CGT de Paris pour la renationalisations de l’Energie !

Publié le 19 juin 2019 par FSC

NATIONALISER
TOUT LE SECTEUR de L’ÉNERGIE !


Publié par  FRONT SYNDICAL DE CLASSE
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L’appel des électriciens et gaziers de Paris pour la renationalisation de l’Énergie !

Posté par onsbouge le 20 juin 2019

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Paru sur  PRCF Initiative Communiste

L’appel des électriciens et gaziers de Paris pour la renationalisation de l’Énergie !

Les électriciens et gaziers de Paris s’adressent à toutes et tous pour la reconquête du service public !

Regardez et diffusez leur appel !

Adresse solennelle de la Cgt-Energie-Paris from Les Films de l’An 2 on Vimeo.

 L’appel des électriciens et gaziers de Paris pour la renationalisation de l’Énergie ! dans - DROITS

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Au moment où en parfaite entente avec Macron, General Electric liquide l’outil industriel de production des turbines de centrales électriques, au moment où Alstom est saccagé, au moment où sur ordre de l’Union Européenne les grands barrages hydroélectriques sont bradés, au moment où les centrales de Gardanne ou de Cordemais sont en passe d’être détruites, au moment où pour satisfaire aux mêmes directives européennes, le tarif réglementé de l’énergie est augmenté de 6%, au moment où nous avons le plus besoin d’un grand service public unifié de l’énergie pour faire face à la transition énergétique, c’est du simple bon sens, pragmatique que d’imposer la renationalisation – sans indemnité – de l’ensemble du secteur de l’énergie.

L’outil de production a été construit par les travailleurs, il appartient à la Nation.



Retrouvez le dossier spécial Energie d’Initiative Communiste

https://www.initiative-communiste.fr/tag/energie

Et au programme du PRCF :

EDF-GDF-energie-nationaliser-800x467 dans - POLITIQUE

Les propositions du PRCF :

“De façon générale, un plan d’urgence sera lancé pour développer la production et la recherche autour de toutes les formes d’énergie renouvelable.

Un ensemble énergétique français unique et entièrement public regroupant EDF, GDF (Suez étant nationalisé), AREVA, TOTAL sera constitué. Sa gestion sera démocratisée et rendue totalement transparente.

La diversification des sources énergétiques sera activée, notamment du côté des industries renouvelables. La sécurité des centrales nucléaires sera renforcée. Une étude impartiale, aussi scientifique que possible, sera menée de manière transparente, à l’écart des groupes de pression profitant du nucléaire comme des mouvements d’opinion qui, en réalité, souhaitent la “décroissance” de l’économie française et qui accompagnent “de gauche” la casse de l’indépendance énergétique française. À l’issue de cette consultation, sera décidé comment, dans quels délais et à quel coût, sortir du nucléaire ou s’il faut y demeurer en améliorant la sécurité, en développant d’autres sources , en favorisant les recherches scientifiques fondamentales et appliquées permettant d’éliminer les graves inconvénients actuels (fusion nucléaire), notamment la gestion des déchets.”  p 10 du programme 2017 du PRCF

Posted by: // 2-lutte des classes et renaissance communiste, articles // , , , , , , // juin 19, 2019


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La mairie de Bayonne s’exprime sur les compteurs Linky

Posté par onsbouge le 2 mai 2019

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La mairie de Bayonne s’exprime sur les compteurs Linky

Reportage TV FR3 Pays Basque : La mairie de Bayonne s’exprime sur les compteurs Linky


Maritxu Mari
Ajoutée le 2 mai 2019
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