En Égypte, des réfugiés syriens oublient leurs projets d’émigration

Posté par onsbouge le 7 avril 2017

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vendredi 7 avril 2017

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En Égypte, des réfugiés syriens oublient leurs projets d’émigration

 En Égypte, des réfugiés syriens oublient leurs projets d'émigration dans - CONDITIONS DE VIE... a13

Mohamed Amin, un syrien âgé de 43 ans, qui a fui son pays avec sa famille en raison de la guerre, mesure le four à cuisson de sa boulangerie, installée sur le balcon de son appartement, au Caire, le 8 mars 2017 (Afp)

 

Cinq ans après avoir fui la Syrie, Mohamed Amine, 43 ans, a installé une boulangerie sur le balcon de son appartement au Caire, oubliant, comme beaucoup de ses compatriotes, ses projets d’émigration vers l’Europe.
« Je suis venu en Egypte en pensant que c’était une porte d’entrée vers l’Europe », explique M. Amine. « J’ai déposé mes papiers dans plusieurs ambassades européennes (…) et j’ai attendu mon tour », qui n’est pas venu, raconte-t-il.
Selon le gouvernement égyptien, environ un demi-million de Syriens se trouvent en Egypte. Parmi eux, 120.154 étaient enregistrés auprès du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) au 28 février.
M. Amine a cru le moment du départ venu lorsque deux de ses voisins ont obtenu l’année dernière leurs papiers pour les Pays-Bas et le Canada.
Mais après avoir reçu des lettres d’eux assurant que « la vie n’est pas aussi rose qu’on le pensait » dans les pays d’accueil, ses espérances ont été douchées.
« Il y a du racisme, et la culture occidentale est très différente de notre culture arabo-musulmane, même si la qualité de vie est meilleure », explique ce père de quatre enfants qui possédait deux boulangeries dans la ville syrienne de Mouadamiyat al-Cham.
Sa belle-mère, Oum Haitham, assure pour sa part qu’elle se « sent comme dans (son) propre pays ».
« Je ne me sens pas comme un réfugié en Egypte. La langue, la culture, les traditions sont les mêmes », ajoute M. Amine.
Avec d’autres Syriens, il a donc décidé de rester en Egypte.
Mohamed, 44 ans, assure que « tous ceux qui sont partis (l’ont) averti des illusions autour de la décision de partir ».
A son arrivée en Egypte, Mohamed considérait le pays comme une étape temporaire. Désormais cet ancien joueur de football en Syrie, s’est associé avec un homme d’affaires syrien pour gérer une boutique de vêtements au Caire.
Pour les réfugiés syriens, le retour au pays n’est pas d’actualité. Le conflit syrien, qui entre dans sa septième année, a déjà fait plus de 320.000 morts et poussé des millions d’habitants à la fuite, en Syrie même ou à l’étranger.
Parallèlement, de moins en moins de Syriens tentent la périlleuse traversée de la Méditerranée, pour rallier illégalement l’Europe.
« Les Syriens constituent 1% de ceux qui ont été arrêtés en Egypte essayant d’atteindre l’Europe en 2016 et c’est une forte baisse car ils représentaient le plus gros contingent en 2013 et 2014″, explique à l’AFP Tarik Argaz, porte-parole en Egypte du HCR.
Selon lui, les Syriens ont pu avoir accès aux écoles et aux services de santé en Egypte, « ce qui les a réconforté (…) et ils se sont intégrés. »
« Les tensions en Europe envers les réfugiés poussent beaucoup d’entre eux à réfléchir à deux fois avant de quitter l’Egypte », souligne M. Argaz.
Par ailleurs, selon le HCR et le gouvernement égyptien, les autorités du Caire ont récemment ouvert la porte au regroupement familial pour les réfugiés syriens.
En mars 2016, un accord entre la Turquie et l’Union européenne a rendu l’émigration à destination de l’Europe encore plus difficile en fermant la route des Balkans.
Outre l’appréhension du choc culturel, la peur du racisme a joué dans les décisions de certains de rester en Egypte, notamment après l’attaque contre une mosquée à Québec, où un étudiant canadien, proche de l’extrême-droite a tué six musulmans.
« Lorsque j’ai entendu parler de l’attaque à Québec, j’ai eu peur. Au moins ici on peut aller à la mosquée en sécurité », raconte Aymane, 42 ans, technicien informatique.
Et l’Egypte ne compte pas renvoyer ces réfugiés.
« Nous ne leur dirons pas de partir, quelque soit la durée de leur séjour », assure ainsi un responsable s’exprimant sous le couvert de l’anonymat. « L’Egypte ne les traitera pas comme des réfugiés ».
Avocat au Caire, Me Youssef al-Mataani confirme que les Syriens d’Egypte ne se bousculent plus pour prendre le chemin de l’Europe.
« Je recevais 10 familles syriennes chaque semaine pour les aider à accélérer les demandes (de visa ) d’immigration. Le nombre a décliné dans les derniers mois pour atteindre zéro ces jours-ci », explique l’avocat.


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Colère à Gaza après des réductions de salaires décidées en Cisjordanie

Posté par onsbouge le 6 avril 2017

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jeudi 6 avril 2017

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Colère à Gaza après des réductions de salaires décidées en Cisjordanie

 Colère à Gaza après des réductions de salaires décidées en Cisjordanie dans - CONDITIONS DE VIE... a1

Des employés Palestiniens manifestent le 5 avril 2017 à Gaza contre une décision de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie d’imposer des coupes dans leurs salaires (Afp)
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Comme chaque début de mois, ils sont des centaines devant les banques gazaouies à retirer leurs salaires. Mais en découvrant les montants, les employés de l’Autorité palestinienne ont fait éclater leur colère après des coupes décrétées en Cisjordanie qui passent mal à Gaza.
Parmi eux, Jawdat Abou Ramadan, employé d’une institution pour handicapés relevant de l’Autorité palestinienne, dit avoir découvert que son salaire de 4.700 shekels, soit 1.200 euros, avait été ponctionné de 1.700 shekels.
Une fois payées ses traites, il ne lui reste plus « que 1.000 shekels », soit 260 euros, pour faire vivre jusqu’à la fin du mois les trois personnes à sa charge, raconte-t-il à l’AFP.
L’Autorité palestinienne a annoncé mardi soir réduire la rémunération de ses fonctionnaires dans la bande de Gaza. Elle a assuré que ces coupes étaient « temporaires » et n’affectaient les rétributions qu’à la marge. Elle a invoqué la chute de l’aide qu’elle reçoit de la communauté internationale.
Sa décision remet en lumière la situation singulière des 70.000 employés de l’Autorité dans la bande de Gaza, et les divisions interpalestiniennes. Ces employés se sont retrouvés au chômage technique après que le Hamas islamiste eut pris le pouvoir par la force à Gaza en 2007, et évincé l’Autorité palestinienne en charge jusqu’alors.
Ces fonctionnaires continuent d’être payés sans travailler. Le Hamas a mis en place sa propre administration. L’Autorité, reconnue internationalement et censée théoriquement préfigurer un Etat indépendant à Gaza et en Cisjordanie, n’exerce plus son autorité que sur la Cisjordanie. Elle refuse de payer les salaires des 50.000 fonctionnaires du Hamas.
L’Autorité est régulièrement accusée dans la bande de Gaza de délaisser les deux millions d’habitants de cette langue de terre ravagée par les guerres et la pauvreté. La bande de Gaza est soumise depuis dix ans à un strict blocus de la part d’Israël pour contenir le Hamas, son ennemi.
Le chômage y est l’un des plus élevés au monde, à près de 45%. Il a de nouveau poussé cette semaine un homme à s’immoler. Ce dernier a succombé mercredi, selon des sources médicales.
Les coupes salariales auront un impact dans tout le territoire car les fonctionnaires, avec leur pouvoir d’achat, sont « la colonne vertébrale de l’économie gazaouie », assure Jawdat Abou Ramadan.
« C’est un massacre prémédité », s’époumone aux bords des larmes Aïcha Abou Maghassib, embauchée dans la police par l’Autorité palestinienne, veuve avec deux enfants à charge. Une fois les prélèvements effectués, il ne lui reste que « 200 shekels », un peu plus de 50 euros.
Ammar Al-Najjar, 33 ans, ne demande quant à lui rien de moins que « la démission (du président palestinien) Mahmoud Abbas », tandis que Nevine Abou Herbid, elle, voit pointer « l’explosion d’une crise ».
La décision de l’Autorité pourrait viser à « faire pression sur le Hamas en créant une crise » sociale, confirme à l’AFP l’économiste Omar Chaabane.
Le Hamas a dénoncé une décision « arbitraire, irresponsable et inhumaine ». La grogne a gagné la composante gazaouie du Fatah, le parti du président Abbas qui domine au sein de l’Autorité. La section de l’est de Gaza a annoncé sa démission ainsi que des membres des sections du centre et de l’ouest.
Le Fatah à Gaza s’est réuni en fin de journée et a annoncé dans un communiqué considérer la décision du gouvernement comme « inique » et appelé à la « destitution du gouvernement de Rami Hamdallah » dénonçant sa politique « discriminatoire » à l’encontre de Gaza.

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« Résister à l’occupation, c’est vivre libre »


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Guyane: à Kourou, « la fusée décolle, mais on n’a pas de lumière »

Posté par onsbouge le 4 avril 2017

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mardi 4 avril 2017

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Guyane: à Kourou, « la fusée décolle, mais on n’a pas de lumière »

Guyane: à Kourou,

Les grévistes bloquent la route menant au centre spatial guyanais à Kourou le 3 avril 2017 (Afp)

 

Eclairage public inexistant, tas d’ordures, maisons inachevées… à quelques kilomètres du Centre spatial guyanais, dans le village Saramaca de Kourou, où un sit-in géant de protestation se tient mardi, « la fusée décolle, mais nous on n’a pas de lumière », peste un habitant.
Ce n’est pas un hasard si le blocage d’un lancement d’Ariane 5 prévu le 20 mars pour lancer des satellites d’opérateurs brésilien et coréen constitue l’un des faits marquants de la mobilisation.
Lundi en fin d’après-midi, Martin Marsi, 23 ans, le regard masqué par des lunettes à verres teintés, fume tranquillement, assis sur un muret. Il raconte son enfance « pas catastrophique » dans ce quartier, un ancien bidonville réhabilité.
Dans « le village », les habitants louent les maisons qu’ils achèteront à terme, explique ce peintre. Toutes les bâtisses, mélange de bois et béton, coiffées d’un toit pointu, ont l’eau et l’électricité. Le progrès est réel par rapport à l’ancienne « favela » – selon l’expression d’un autre habitant -, dont une partie avait brûlé dans un incendie en 2006.
Mais les nids de poule ponctuent les routes. Des herbes hautes ont envahi les aires de jeu pour enfants. Un panier de basket a été arraché sur le terrain de sports, où des adolescents jouent au foot. Et puis il y a ces rangées de lampadaires, « qui ne fonctionnent pas depuis des années », se désole-t-il.
A Kourou, site internationalement reconnu, d’où des dizaines de fusées sont parties en orbite, « dès qu’on ne travaille pas pour le centre spatial, on vit dans la misère », soupire Lason Koutou Agassi, qui vit avec sa femme et ses cinq enfants dans une maison de trois pièces, aux murs extérieurs non peints.
Saramaca, en ce sens, incarne parfaitement la situation dénoncée par un collectif de Guyanais qui, depuis plus de deux semaines, orchestre un mouvement social inédit, sur fond de revendications sécuritaires, sanitaires et éducatives, et dénonce un sous-investissement massif de Paris ces dernières décennies.
« Kourou, c’est une réussite politique, technologique et financière. C’est le fleuron de la technologique européenne », résume Youri Antoinette, un ingénieur du Centre national d’études spatiales et porte-parole du collectif à Kourou. « Mais dès qu’on sort du centre spatial, on est dans un pays sous-développé ».
Mardi, un sit-in est organisé dans cette ville pour protester notamment contre les propos du Premier ministre Bernard Cazeneuve, qui a déclaré lundi « refuser la démagogie » de ceux qui « réclament des milliards ». Le collectif a exigé dimanche 2,5 milliards d’euros « tout de suite », quand le gouvernement a acté un milliard d’aides d’urgence.
Alors que les images de fusée, symbole de progrès et de technologie dernier cris, sont omniprésentes dans Kourou, le « village », lui, n’est raccordé ni à internet ni au téléphone, remarque Lason Koutou Agassi.
Mais dans les quartiers où vivent les ingénieurs de l’aérospatial, l’éclairage public fonctionne, les pelouses sont tondues. De hauts murs entourent parfois les propriétés, « la police et une milice privée font des rondes régulières », note Atoune, 43 ans, rencontrée sur un barrage à l’entrée de la ville.
« On protège bien les expats », qui « vivent en vase clos », « on les traite bien », ironise-t-elle. « Et nous, on ne nous donne que ce qui reste » et « on doit vivre enfermés, barricadés », vitupère cette cadre hospitalière, dont la fille a été « agressée » devant la maison familiale, en plein après-midi, et dépouillée d’une chaîne en or.
A Kourou enfin, les emplois se font rares. Quand la Guyane, selon l’Insee, connaît un taux de chômage de 22%, « même les stages sont difficiles à trouver », déplore Gabrielle, une lycéenne du « village ». Qui reprend à son compte une récrimination du collectif : « Y’a la fusée qui décolle, et nous on reste ici ». Au sol.
L’hôpital municipal de Kourou est également en plein marasme, à l’image d’un système de santé guyanais moribond. Parmi les mesures annoncées samedi à Cayenne, la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts a fait état de « l’abandon » d’un projet de cession de la structure à un groupe privé « en faveur d’un projet de service public ».


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Un camp palestinien vu du ciel avec un ballon et un appareil photo

Posté par onsbouge le 19 février 2017

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dimanche 19 février 2017

Un camp palestinien vu du ciel avec un ballon et un appareil photo

  Un camp palestinien vu du ciel avec un ballon et un appareil photo dans - CONDITIONS DE VIE... a7

Firas Ismaïl (g), un réfugié palestinien de 20 ans, et Mustafa Dakhloul, fixent un appareil photo à un ballon d’hélium pour prendre des photos aériennes du camp de Bourj al-Chemali, le 5 février 2017 au Liban (Afp)

 

Équipé d’un appareil photo et d’un grand ballon rouge, Firas Ismaïl, un réfugié palestinien de 20 ans résidant dans le sud du Liban, n’est pas l’image qu’on se fait traditionnellement d’un urbaniste.
Cependant, les photos aériennes qu’il prend du camp de réfugiés palestiniens de Bourj al-Chemali vont aider ses habitants à tout planifier, des futurs espaces verts aux inspections sanitaires.
« D’en bas, on ne voit pas à quoi ressemble le camp. Mais d’en haut, vous vous rendez compte de la densité de population et du peu d’espace qu’il y a », explique-t-il à l’AFP.
« Il est clair qu’il n’y a jamais eu de plan urbain, la carte que vous voyez est la première jamais réalisée », ajoute ce jeune homme qui habite dans les environs du camp proche de la ville de Tyr.
Le projet de cartographie est né lorsque les résidents de Bourj al-Chemali ont voulu créer un espace vert. Ils ont fait appel à Claudia Martinez, une humanitaire qui aide le camp depuis des années.
« J’ai demandé à voir leur carte mais ce qu’ils m’ont montré ressemblait à un dessin d’enfants », confie Mme Martinez à l’AFP.
« Nous avons décidé qu’il fallait réaliser une nouvelle carte pour régler des problèmes liés au réseau électrique, aux incendies et même pour faciliter les inspections sanitaires dans les restaurants », dit-elle.
Le Liban accueille environ 450.000 réfugiés palestiniens, qui vivent entassés dans 12 camps de misère aux infrastructures délabrées et aux services limités.
Établi en 1948, le camp de Bourj al-Chemali avait accueilli 7.000 Palestiniens à la création de l’Etat d’Israël. Aujourd’hui, il en compte 23.000.
Avec l’aide de Mme Martinez, les habitants ont lancé une campagne de financement participatif leur ayant permis de lever en 2016 16.000 dollars pour le projet, initié par l’ONG Al-Houla.
Pendant plusieurs jours, Firas Ismaïl et un autre volontaire, Moustapha Dakhloul, ont attaché un appareil photo à un ballon à l’hélium qui a survolé le camp pour prendre des photos.
Les jeunes topographes racontant les obstacles rencontrés en guidant le ballon à travers le dédale de ruelles exiguës.
Une fois, il a explosé quand ils ont essayé de le faire entrer dans une ruelle particulièrement étroite. Une autre, des « tirs de joie » à l’occasion d’un mariage ont touché la caméra qui est tombée au sol.
En reliant les clichés, les cartographes ont découvert leur camp vu d’en haut: un réseau monochrome de toits en ciment, avec des citernes d’eau et des antennes satellitaires, coupé parfois d’une rangée d’arbres.
Pour établir une vraie carte, ils ont imprimé des copies de grande dimension qu’ils ont assemblées. Et en février, l’ONG al-Houla a invité les habitants à venir regarder les images pour identifier des repères et annoter des endroits avec des dates importantes ou des éléments de mémoire.
Ils ont localisé leurs maisons et scotché des papiers fluo sur les lieux qu’ils ont identifiés comme la boulangerie Abou Samer, la crèche Najwa ou la Vieille mosquée.
« Les gens notaient l’année où ce magasin avait ouvert, la date où l’électricité était arrivée. Ils localisaient la boutique de téléphones et l’échoppe de falafel », raconte Firas Ismaïl.
Des dessinateurs ont finalisé la carte, qui doit être imprimée et distribuée aux résidents du camp.
Pour Mahmoud Joumaa, qui dirige al-Houla, la carte « sera un reflet des préoccupations, des problèmes et de la vie quotidienne du camp. Maintenant nous pouvons commencer à planifier l’avenir ».
Frappé par la densité des toits en béton, M. Joumaa assure que des discussions sont en cours pour créer des espaces verts cette année.
« Il est encore possible de créer, d’innover, c’est une image positive malgré toutes les difficultés », explique M. Joumaa, un résident du camp .
Les initiateurs espèrent en outre que la carte pourra aider à faire connaître le camp aux Libanais, qui ont souvent des idées stéréotypées sur les camps vus comme des foyers du crime et de l’extrémisme.
« Il y a un vrai désir (parmi les résidents) d’établir des ponts avec les Libanais, et leur dire ne soyez pas intimidés, vous pouvez venir », assure Mme Martinez.

(19-02-2017 – avec les agences de presse)

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« Résister à l’occupation, c’est vivre libre »

« Non au terrorisme d’État d’Israël » :
http://www.petitions24.net/non_au_terrorisme_de_letat_disrael

Deux adresses pour vous inscrire à « Assawra »,
la liste de diffusion du Mouvement démocratique arabe:

1 – Assawra3-subscribe@yahoogroupes.fr
ou
2 – as-sawra+subscribe@googlegroups.com


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Lien court http://onsbouge.unblog.fr/?p=97425

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« Ce blog est un blog militant indépendant, sans prétention, bien évidemment non commercial et totalement amateur. Les images, les textes dont nous ne sommes pas les auteurs ainsi que les musiques et chants seront supprimés du blog sur simple demande par courriel. Nous publions textes et communiqués émanant d’auteurs et d’organisations diverses. Ces publications ne signifient pas que nous partageons toujours totalement les points de vue exprimés. Nous déclinons toute responsabilité quant au contenu des sites proposés en liens. ».

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Débloquer le marché du travail pour les femmes palestiniennes

Posté par onsbouge le 15 février 2017

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ISM-France

Palestine occupée – 14 février 2017

Débloquer le marché du travail pour les femmes palestiniennes

Par Samia al-Botmeh

L’article original, en anglais, a été publié sur Al-Shabaka le 22 juillet 2015.

Les femmes palestiniennes ont l’un des taux de participation de la population active les plus faibles au monde, malgré des taux de scolarisation dans l’enseignement primaire et secondaire plus élevés que les hommes dans tout le Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
La conseillère en politique de Al-Shabaka, Samia Al-Botmeh, examine les tendances et propose des mesures qui vont au-delà du marché de l’offre pour se concentrer sur la demande de travail des femmes.

Débloquer le marché du travail pour les femmes palestiniennes

Points-clés

a) La participation de femmes palestiniennes au marché du travail est beaucoup plus faible que dans le reste du monde arabe, malgré les niveaux élevés d’instruction primaire et secondaire.

b) Le fait que la participation des femmes soit essentiellement concentrée dans l’agriculture et les services, alors que l’emploi dans le secteur manufacturier a décliné, est le résultat de la destruction systématique des secteurs de production palestiniens depuis 1967 par Israël.

c) Des failles dans le système de crédit ont dissuadé l’entrepreneuriat féminin, tandis que l’enseignement secondaire favorisant les études littéraires a insuffisamment préparé les femmes pour le marché du travail.

d) Des réformes doivent tenir compte des facteurs liés à la demande de travail des femmes en protégeant et en encourageant la production locale.

Une part décroissante dans les secteurs de production
et davantage de ségrégation

a) En 2014, le taux de participation des femmes palestiniennes au marché du travail dans les TPO se situait à 19,4%, par rapport à 25% dans la région arabe et à 51% dans le reste du monde. Ceci est particulièrement frappant étant donné que les taux de scolarisation des filles palestiniennes dans l’enseignement primaire et secondaire sont plus élevés que ceux des garçons dans tout le Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

b) La participation des femmes palestiniennes au marché du travail est fortement concentrée dans l’agriculture et les services, mais pratiquement inexistante dans la construction et les transports. La participation des femmes au secteur manufacturier a décliné depuis 1995, ce qui suggère que la ségrégation des femmes dans certains secteurs est effectivement en hausse. En outre, les femmes palestiniennes n’ont de tout temps perçu qu’environ 80% des salaires des hommes en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza.

c) L’entrepreneuriat des femmes ne représente qu’environ 15% de l’emploi féminin, au mieux, et n’a profité d’aucune augmentation importante au cours des 15 dernières années. D’autre part, 65% des femmes palestiniennes sont prêtes à se lancer dans la création d’une entreprise, ce qui montre un écart net entre l’entrepreneuriat potentiel et les résultats réels.

Le sabotage de l’économie par Israël et autres facteurs

La compression de la demande de main-d’œuvre qui fait suite à la destruction systématique par Israël des secteurs palestiniens de l’agriculture et de la manufacture est le facteur primordial qui explique les faibles taux de participation de la main-d’œuvre féminine. Les ruptures géographiques, physiques et sociales créées par les postes de contrôle et les fermetures permanentes en Cisjordanie et à Gaza ont un impact sérieux sur la mobilité des Palestiniens, ce qui rend la recherche d’un emploi en dehors de la communauté locale plus difficile pour les femmes que pour les hommes.

De plus, les femmes entrepreneurs font face à davantage d’obstacles à l’accès au crédit commercial que les hommes pour un certain nombre de raisons, dont le manque de garanties nécessaires pour accéder à des prêts commerciaux. Bien que les prêts bancaires aient substantiellement augmenté au cours des dernières années, ils ne concernent pas l’entrepreneuriat féminin ni les secteurs qui emploient des femmes.

Le déséquilibre croissant des inscriptions dans l’enseignement secondaire en faveur du courant littéraire a augmenté le pourcentage d’élèves qui quittent l’école sans qualifications ni compétences. Cela a des répercussions graves puisque les femmes ont tendance à se concentrer sur des postes d’enseignement, de soins infirmiers et de secrétariat.

L’article n° 7 du droit du travail palestinien exclut actuellement de larges segments du marché du travail, y compris des sphères dans lesquelles les femmes sont principalement situées. Le droit du travail doit inclure une clause claire en faveur de l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes, et préciser les sanctions qu’encourent les employeurs qui la violent.

Focalisation de la politique sur la demande et résistance à l’érosion de l’économie engendrée par Israël

Les intervenants politiques doivent concevoir des interventions pratiques qui favorisent la demande de travail féminin. Les politiques doivent également contrer les efforts permanents d’Israël pour nuire à la capacité productive de l’économie palestinienne, et mettre en place des politiques commerciales qui accordent la priorité à la protection de la production sur l’ouverture de marchés locaux à la concurrence internationale avant qu’ils soient prêts à la compétition.

a) La meilleure manière d’élargir les secteurs productifs (agriculture et manufacture) serait de remplacer les importations de marchandises et de services israéliens par la production locale. L’accent devrait être mis sur les plus de 600 millions de dollars sur les 5 milliards de dollars en biens et services que les Palestiniens importent d’Israël qui sont des produits agricoles et des produits manufacturiers.
b) Il est nécessaire d’augmenter le nombre des établissements de formation professionnelle qui répondent aux besoins des filles, dans l’ensemble des TPO, et de mettre en place un système incitant les filles à y participer.
c) La couverture du droit du travail doit être élargie de manière à inclure les segments de la main-d’œuvre qui emploient essentiellement des femmes, y compris le travail domestique non rémunéré.
d) De nouvelles formes de garanties de crédit qui peuvent améliorer l’accès au crédit pour les petites entreprises doivent être introduites, y compris les modèles qui visent les entreprises créées par des femmes.

En outre, des entreprises économiques dirigées collectivement et des coopératives peuvent soutenir la concurrence de manière à autonomiser les acteurs économiques individuels et l’économie dans son ensemble.

PRÉSENTATION

Les femmes palestiniennes vivant dans les Territoires palestiniens occupés (TPO) ont l’un des taux de participation de la population active féminine les plus bas au monde. La conseillère en politique de Al-Shabaka, Samia Al-Botmeh souligne que, alors que cette conjoncture serait problématique dans n’importe quel autre contexte, elle l’est encore plus dans une situation de colonialisme de peuplement, comme dans les TPO.

Entre autres raisons, la participation des femmes au marché du travail est un indicateur de développement essentiel ; les pays développés, comme les pays émergeants, élaborent activement des stratégies pour la stimuler, en partie parce qu’elle est un des moteurs de la croissance économique. En outre, dans de nombreux pays émergents, la participation des femmes au marché du travail montre la capacité d’une société à résister aux chocs économiques avec un minimum de fragmentation sociale. Enfin, plus le taux de participation des femmes et d’emploi dans des conditions de « travail décent » est élevé, plus grande est la prévalence de la justice en matière de genre au sein de cette société.

En bref, la faiblesse des résultats économiques et sociaux, dont la stagnation de la croissance, la fragmentation sociale et les préjugés de genre, peuvent compromettre la capacité de la population colonisée à faire face, à survivre et à résister au colonialisme. Al-Botmeh se fonde sur ses travaux antérieurs pour décrire d’abord les caractéristiques des tendances du marché du travail féminin, puis examiner les facteurs qui déterminent ces tendances [1]. Elle conclut par des recommandations politiques destinées à stimuler la participation des femmes au marché du travail dans les TPO tout en contrant les tentatives d’Israël visant à porter préjudice à l’économie palestinienne.

Une part décroissante dans les secteurs productifs et davantage de ségrégation

En 2014, le taux de participation au marché du travail des femmes palestiniennes dans les Territoires palestiniens occupés se situait à 19,4%, par rapport à 25% dans la région arabe et à 51% dans le reste du monde [2]. C’est particulièrement frappant étant donné que les Palestiniennes ont des taux élevés d’instruction : en 2000, les filles avaient des taux de scolarisation plus élevés et des taux de décrochage scolaire plus faibles que ceux des garçons. Les taux de scolarisation dans l’enseignement primaire et secondaire des filles palestiniennes sont également plus élevés que ceux des garçons dans tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

La participation des femmes palestiniennes au marché du travail a augmenté de 11,2% en 1995 à 19,4% en 2014, une hausse significative bien qu’elle se situe en dessous de la moyenne régionale. Cependant, cette tendance à la hausse s’est également traduite par une augmentation du chômage par rapport à l’emploi. En d’autres termes, en dépit du fait qu’il y a eu une augmentation de la participation des femmes au marché du travail, elles ont plus tendance que les hommes à être au chômage.

Comme dans les autres parties du monde arabe, la jeunesse palestinienne est confrontée à des taux de chômage nettement plus élevés que les travailleurs plus âgés. Le taux de chômage des jeunes femmes peut atteindre quatre fois celui des femmes plus âgées, alors qu’il est presque le double de celui des hommes du même groupe d’âge.

Dans le même temps, les femmes palestiniennes sont fortement concentrées dans deux secteurs de l’économie – l’agriculture et les services – et pratiquement inexistantes dans deux autres, la construction et les transports. En 2014, l’agriculture représentait 21% de l’emploi des femmes par rapport à 67,3% pour les services. Cette concentration implique que les femmes n’ont pas un accès égal à tous les secteurs par rapport aux hommes. Bien que ce soit un phénomène mondial, le cas palestinien a tendance à être extrême ; en conséquence, les femmes palestiniennes subissent un plus haut degré d’exclusion sur le marché du travail, par rapport aux femmes dans d’autres économies.

Plus important encore, au cours des 20 dernières années, la part de l’emploi des femmes dans les secteurs de production (agriculture et industrie manufacturière) a continué à diminuer, tandis que leur part d’emploi dans les services et le commerce a augmenté. Cette tendance est particulièrement importante parce que ce sont les secteurs de production qui génèrent une croissance durable dans une économie. En 1995, le secteur manufacturier représentait 16,2% de l’emploi des femmes mais a diminué jusqu’à ne représenter que 9,9% en 2014. Un tel déclin implique que la ségrégation des femmes dans quelques secteurs (ségrégation horizontale) augmente avec le temps, ce qui pourrait avoir des conséquences négatives sur leurs perspectives d’emplois futurs. En outre, le secteur des services, qui a connu la plus forte expansion depuis 1995, a atteint sa limite d’absorption des femmes. Les femmes palestiniennes souffrent également d’une ségrégation verticale, c’est-à-dire la différence de salaire entre hommes et femmes en raison de la position inférieure des femmes sur le marché du travail : les femmes gagnent depuis longtemps environ 80% des salaires des hommes en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza.

L’entrepreneuriat, qui est un indicateur économique de créativité et de potentiel d’emplois futurs, reste très faible dans les TPO, selon les données disponibles. Par exemple, seulement 14% des 15-29 ans ont essayé de créer leurs propres activités génératrices de revenus, dont seulement 6% sont des femmes. L’entrepreneuriat féminin a stagné : selon l’enquête annuelle sur la population active du PCBS – Palestinian Central Bureau of Statistics, les deux catégories représentant l’entrepreneuriat (travailleur indépendant et employeur) représentaient au mieux près de 15% de l’emploi des femmes et n’ont enregistré aucune augmentation importante au cours des 15 dernières années. D’autre part, 65% des femmes palestiniennes sont prêtes à créer une entreprise, ce qui indique un écart net entre l’entrepreneuriat potentiel et les réalisations concrètes. Parmi les raisons, le manque de formation professionnelle et des sources de financement inadéquates. D’autres facteurs comprennent les politiques économiques néolibérales de l’Autorité palestinienne qui ne fournissent aucune protection contre la concurrence déloyale au marché local, en particulier les marchandises et produits israéliens qui inondent le marché local et érodent la capacité productive de l’économie palestinienne locale.

Pour résumer, bien que la tendance de la participation des femmes soit à la hausse au cours des 15 dernières années, elle reste très faible. Le fait que davantage de femmes que d’hommes aient connu des périodes de chômage soulève des questions sur le rôle des facteurs politiques et institutionnels qui maintiennent les taux de participation des femmes bien au-dessous de leur moyenne régionale. En outre, l’exclusion des jeunes femmes du marché du travail, ainsi que le faible pourcentage de femmes entrepreneurs soulignent les obstacles du côté de la demande.

Photo

Six Palestiniennes ont créé une ferme apicole à Kufur Malik, au nord de Ramallah
(source Palestine Chronicle)

Le sabotage de l’économie par Israël et autres facteurs

Plusieurs facteurs expliquent les tendances défavorables de la participation féminine au marché du travail. Le colonialisme de peuplement d’Israël joue un rôle majeur : les ruptures géographiques, physiques et sociales créées par les postes de contrôle israéliens et les fermetures permanentes des entrées et sorties de nombreux lieux de résidence ont eu un impact sérieux sur la mobilité des Palestiniens, en particulier celle des femmes. L’incertitude par rapport aux temps de déplacement en raison des restrictions à la mobilité mises en place par Israël, rend la recherche d’emploi en dehors de leur communauté locale plus difficile pour les femmes, ce qui réduit leurs chances de trouver un travail, même par rapport aux hommes.

Le colonialisme d’Israël a également contribué à la hausse du chômage des femmes par rapport aux hommes. Les travailleurs palestiniens en Israël et dans les colonies ont toujours été principalement des hommes, de sorte que 12% d’hommes étaient employés en Israël en 2014, contre moins de 1% de femmes. Cela signifie que la compétitivité de l’économie dans les TPO s’est encore accrue pour les femmes, ce qui explique en partie leurs taux de chômage extrêmement élevés dans la période post-deuxième Intifada.

Parmi les autres facteurs qui influent sur la participation au travail, en particulier celle des femmes, figurent la demande de main-d’œuvre, la disponibilité et la structure de l’emploi et les incitations offertes par le marché du travail [3]. La compression du côté de la demande a été causée par l’érosion de la capacité de production de l’économie palestinienne en raison de la destruction systématique par Israël des secteurs agricoles et manufacturiers ainsi que de nombreuses infrastructures. Cette compression de la demande du marché du travail et la non-disponibilité de l’emploi qui en résulte ont joué un rôle déterminant dans l’engagement des femmes palestiniennes dans le marché du travail tout au long du siècle dernier [4]. L’affaiblissement continu de ces deux secteurs, dont leur capacité à employer des femmes, a contribué à fausser les incitations pour les femmes et à les éloigner du marché du travail.

Étant donné que ces deux secteurs sont particulièrement importants dans l’emploi des femmes partout dans le monde, le fait qu’ils ne fournissent pas le travail nécessaire implique que les femmes palestiniennes ne perçoivent pas qu’elles ont une place sur le marché du travail. En d’autres termes, au fil du temps, les femmes palestiniennes risquent de se décourager de rejoindre le marché du travail.

Plus précisément, ce document d’orientation soutient que la compression de la demande de main-d’œuvre résultant de la destruction systématique par Israël des secteurs productifs de l’agriculture et de la manufacture dans l’économie palestinienne, est le facteur primordial qui explique le faible taux de participation des femmes à la population active. Cela est devenu évident dans la période post-Deuxième Intifada lorsque l’économie locale a été encore comprimée. Les taux de chômage plus élevés enregistrés chez les femmes par rapport aux hommes au cours de cette période ont fait en sorte que la demande du marché du travail oppose des obstacles importants à la participation des femmes, en dépit de leurs taux élevés d’éducation.

Outre les considérations liées à la demande, la disponibilité du crédit, en particulier pour les nouveaux investissements, peut entraver l’esprit d’entreprise, réduisant ainsi la participation au marché du travail. Comme c’est le cas ailleurs dans la région, les femmes entrepreneurs sont confrontées à plus d’obstacles dans l’accès au crédit commercial par rapport aux hommes pour diverses raisons, notamment le manque de garanties nécessaires pour accéder aux prêts et la petite taille de niveau familial de la grande majorité des entreprises dirigées par des femmes au Moyen-Orient [5].

Bien que les prêts bancaires aient considérablement augmenté en Cisjordanie et dans la bande de Gaza au cours des dernières années, pour atteindre 3,3 milliards de dollars en 2013 contre 300 millions de dollars en 1996, ces prêts ont surtout été axés sur la consommation. Près de 2 milliards de dollars ont été consacrés aux prêts à la consommation, 1,2 milliard de dollars au développement immobilier, tandis que les investissements et le développement foncier n’ont représenté que 136 millions de dollars. Ainsi, en dépit du fait que le crédit formel a été largement étendu dans les TPO, il est sans rapport avec l’entrepreneuriat féminin et l’emploi, d’autant plus que les femmes ne participent pas au développement immobilier et au secteur de la construction.

Au-delà du crédit formel, les projets conduits par des femmes sont devenus les principaux bénéficiaires des programmes de micro-finance. Cela a également été le cas dans les TPO, où la micro-finance s’est développée depuis les années 1980 tout en étant orientée vers les femmes. On prétend souvent que la micro-finance crée un espace pour l’autonomisation économique en donnant aux petites entreprises l’accès au crédit. Si l’accès au crédit est très important, les projets de micro-finance dans d’autres pays ont été tenus responsables d’avoir mis en place un piège pour la pauvreté, saturant l’économie informelle de petites entreprises économiques non viables qui se concurrencent l’une l’autre avec des horizons économiques limités sur le long terme.

En ce qui concerne la contribution de l’éducation à la participation des femmes au marché du travail, la campagne à ce sujet dans les écoles a été biaisée en faveur de sujets qui n’aident pas les femmes sur le marché du travail. L’enseignement secondaire dans les TPO est divisé en cours académiques (littéraires et scientifiques) et en enseignement professionnel. Le courant littéraire représente le pourcentage le plus élevé d’étudiantes : 70% en 2010-2011 contre seulement 23% dans le volet scientifique. Cela a de sérieuses répercussions sur les compétences des étudiants et sur la demande ultérieure d’études tertiaires et sur le marché du travail où les femmes tendent à se concentrer sur les emplois typiquement attribués, dont l’enseignement et les soins infirmiers.

Le déséquilibre croissant des inscriptions au secondaire en faveur du courant littéraire a augmenté le pourcentage d’élèves qui quittent l’école secondaire sans qualifications ni compétences. Ces problèmes deviennent encore plus graves étant donné que l’enseignement professionnel n’est pas une véritable option pour les élèves du secondaire et que moins de filles que de garçons s’inscrivent à des filières professionnelles. Par conséquent, les opportunités pour les filles restent concentrées dans le secteur commercial tels que les emplois de secrétariat.

Parallèlement, l’augmentation des taux d’inscription des femmes dans l’enseignement tertiaire – qu’il soit professionnel ou universitaire – ne semble pas aider ces femmes sur le marché du travail, en partie parce que leur éducation se limite à quelques domaines stéréotypés. Cela implique que les choix et les compétences des femmes sur le marché du travail sont partiellement prédéfinis par la nature de leur inscription dans les écoles et les établissements d’enseignement supérieur. C’est une question importante qui nécessite des interventions politiques pour élargir la portée des sujets dans lesquels les femmes sont impliquées, afin d’aider leur participation à travers différents secteurs sur le marché du travail.

Les facteurs juridiques et institutionnels contribuent également à limiter la participation des femmes au marché du travail. La loi du travail numéro 7 (entré en vigueur le 25 décembre 2001) exclut de larges pans de la main d’œuvre palestinienne, dont les travailleurs indépendants, les travailleurs saisonniers, les travailleurs familiaux non rémunérés, les travailleurs domestiques et ceux impliqués dans les soins domestiques et tous les travaux non rémunérés associés. Les femmes se situent principalement dans ces sphères. En outre, bien que le droit du travail soit clair dans sa clause relative à l’égalité de traitement entre hommes et femmes, il ne précise pas de sanctions pour les employeurs qui violent cet article de la loi. La loi n’exige pas non plus que les employeurs fournissent des garderies aux mères qui travaillent ou même aux pères qui ont des enfants en âge préscolaire.

Ces lacunes et d’autres points faibles démontrent que la loi n’est pas suffisamment sensible à la question des femmes et ne protège ni ne promeut les droits des femmes. Le fait que la majorité des femmes ne soient pas syndiquées et que le mouvement des femmes palestiniennes ne soit pas unifié et bien organisé pour défendre leurs droits au travail, explique pourquoi le droit du travail ne traite pas pleinement de ces droits [6].

Les employeurs du secteur privé palestinien se plaignent régulièrement du congé de maternité obligatoire pour les femmes. Ils considèrent que 10 semaines de congé sont trop longues et, en l’absence de soutien du gouvernement, ils prétendent que cette exigence a une incidence négative sur leurs bénéfices. En conséquence, les employeurs ont soit employé moins de jeunes femmes mariées, soit licencié des femmes une fois qu’elles se sont mariées [7].

En conclusion, la section ci-dessus a mis en lumière un certain nombre de facteurs liés à l’offre et à la demande, et aux institutions qui ont entravé la participation des femmes palestiniennes au marché du travail. Bien que l’énumération de ces facteurs ne soit pas exhaustive, ce mémoire de politique soutient principalement que la compression de la demande de main-d’œuvre féminine due à la destruction systématique par Israël des secteurs productifs palestiniens depuis 1967, a été le principal facteur entravant la participation des femmes palestiniennes au marché du travail.

C’est l’unique caractéristique qui différencie le contexte palestinien du reste du monde arabe et qui a conduit à la participation des femmes palestiniennes au marché du travail à rester en dessous de la moyenne régionale. Ainsi, en dépit des normes sociales partagées dans les TPO et les pays arabes voisins, ainsi que des taux d’éducation plus élevés dans les TPO, les taux d’activité des femmes palestiniennes restent parmi les plus bas au monde et inférieurs à la moyenne régionale.

L’orientation de la politique sur la demande et le défi de l’érosion de l’économie voulue par Israël

Les politiques et les actions concernant la participation des femmes au marché du travail dans les TPO ont surtout porté sur l’offre du marché du travail. Il s’agit notamment de développer leur éducation et leurs compétences pour améliorer leurs chances de faire concurrence sur le marché du travail, et de développer des campagnes pour s’attaquer à certains des obstacles institutionnels auxquels font face les femmes, comme le droit du travail. Bien que ces initiatives soient importantes, les interventions politiques doivent également se concentrer sur les liens entre l’offre et la demande du marché du travail, et concevoir des interventions pratiques qui favorisent la demande de main-d’œuvre féminine.

Puisque le colonialisme des Israéliens est le facteur sous-jacent qui freine l’expansion de la participation des femmes à la main-d’œuvre en raison de l’érosion de la capacité productive de l’économie palestinienne, les politiques doivent également s’opposer aux efforts continus d’Israël pour miner la production. Comme indiqué précédemment, l’amélioration de la capacité de production d’une économie est importante pour la création d’emplois durables, en particulier pour les femmes. Dans le contexte palestinien, le renforcement de la capacité de production renforcera la capacité de résistance palestinienne en diminuant la dépendance économique envers Israël et donc la capacité d’Israël à mettre les Palestiniens à genoux chaque fois qu’il le souhaite. Cela peut être réalisé en établissant le lien entre les politiques de production et les politiques commerciales, comme on le verra plus loin.

En outre, l’Autorité palestinienne (AP) devrait rompre avec ses politiques économiques néolibérales qui ont contribué à l’érosion continue de la capacité productive de l’économie palestinienne. Cela implique d’abandonner ses politiques de non-protection de l’économie locale en utilisant le prétexte de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international pour promouvoir la concurrence et le libre-échange. Comme cela a été le cas ailleurs, la protection de la production doit précéder l’ouverture des marchés locaux à la concurrence internationale. Dans le cadre des politiques économiques néolibérales de l’AP, les Territoires Palestiniens Occupés sont l’une des économies les moins protégées du monde, ce qui la laisse exposée à l’exploitation, en particulier par Israël. Contrairement aux affirmations de l’Autorité palestinienne selon lesquelles ses mains sont liées par les Accords d’Oslo et le Protocole économique de Paris, des mesures peuvent être prises, comme expliqué ci-dessous.

Étendre la demande des femmes sur le marché du travail, tout en s’opposant à Israël

a) Afin de fournir une solution stratégique au problème de la faible part des femmes au marché du travail et à leur taux de chômage élevé, les politiques doivent viser à élargir la taille des secteurs productifs (agriculture et manufacture) pour absorber la demande féminine. Ces secteurs sont dominés par les femmes dans le monde entier : en élargissant les possibilités de travail dans ces secteurs, la participation des femmes et les niveaux d’emploi augmenteront nécessairement. Dans le contexte palestinien du colonialisme sioniste, et surtout parce que les restrictions sur le commerce avec le reste du monde entravent la viabilité des entreprises économiques, la meilleure opportunité d’élargir les secteurs productifs (agriculture et manufacture) serait de remplacer les importations de biens et services israéliens par la production locale. Plus de 600 millions de dollars sur les 5 milliards de dollars en biens et services que les Palestiniens importent d’Israël en 2014 sont des produits agricoles et des biens manufacturiers simples, qui peuvent facilement être remplacés par la production locale. En réciproquant le protectionnisme par Israël de son économie face aux produits palestiniens, l’Autorité Palestinienne peut restreindre l’entrée des produits et services israéliens pour lesquels il existe une alternative palestinienne.

b) Étant donné les restrictions imposées à la capacité de l’AP de modifier les tarifs pour protéger le marché local (à cause du Protocole économique de Paris), le soutien officiel du gouvernement et l’approbation du Mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) peuvent être utilisés comme mécanisme économique pour améliorer la production et la consommation locales, sans avoir à s’engager avec Israël dans une discussion sur les mesures commerciales. En favorisant le boycott des produits israéliens, et non seulement la petite fraction des biens issus de la colonisation, les Palestiniens peuvent améliorer la production de biens et de produits locaux, diminuer leur dépendance à l’égard de l’économie israélienne et améliorer leur capacité de survivre et de résister au colonialisme israélien.

L’éducation des femmes, l’économie et le cadre institutionnel

a) Il est important d’explorer les facteurs « latents » du système d’éducation de base palestinien qui influent sur les résultats d’apprentissage des deux sexes. Ces facteurs comprennent : le rôle joué par les manuels scolaires en tant qu’outils de transformation des valeurs et des attitudes sur les rôles et responsabilités des hommes et des femmes, la dynamique de genre dans les salles de classe et les relations des enseignants avec les élèves. Ces facteurs et d’autres encore doivent être abordés afin d’imposer l’égalité des sexes.

b) Il est nécessaire d’augmenter le nombre d’établissements d’enseignement professionnel dans l’ensemble des TPO qui accueillent les filles, et de mettre en place un système d’incitation pour les filles à entreprendre des études professionnelles, notamment en organisant le transport vers les écoles d’enseignement professionnel et en leur octroyant des allocations si elles suivent des enseignements peu demandés. Cela devrait s’accompagner de campagnes de sensibilisation pour faire comprendre à l’opinion générale l’importance de l’enseignement professionnel dans le cadre de l’amélioration des perspectives sur le marché du travail.

c) La couverture de la législation du travail doit être élargie pour inclure les travailleurs indépendants, les travailleurs saisonniers, les travailleurs familiaux non rémunérés, les travailleurs domestiques et ceux qui s’occupent de soins domestiques et de travaux non rémunérés à domicile. Il devrait également inclure une clause claire pour l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes, et des sanctions pour les employeurs qui violent cet article de la loi. Il serait de la responsabilité du ministère du Travail de donner des instructions pour faire face à ces lacunes. Cela est particulièrement important à la lumière de la signature par l’AP de la CEDAW [Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes] en avril 2014. Parmi les autres mesures visant à renforcer le cadre institutionnel, le ministère du Travail devrait donner des instructions pour interdire aux employeurs de congédier les femmes enceintes dans le but de les priver de leur droit à 10 semaines de congé de maternité [8].

Renforcer l’accès des femmes au crédit et à la formation

a) La plupart des politiques de microcrédit ne tiennent pas compte des spécificités liées au genre et ne reflètent aucune des préoccupations liées. Ces politiques sont généralement conçues sur la base de l’expérience internationale et ne tiennent pas compte des insécurités politiques et économiques et des défis auxquels fait face le marché palestinien. Ces réalités doivent être abordées pour rendre ces systèmes plus efficaces et réalisables.

b) L’introduction de différentes formes de garanties de crédit peut considérablement améliorer l’accès au financement par emprunt pour les petites entreprises, et des modèles peuvent être mis en place qui privilégient les entreprises appartenant à des femmes. Une garantie de crédit est un engagement de l’organisme garant de rembourser pour un emprunteur tout ou partie d’un prêt en cas de défaut. Les critères d’éligibilité varient selon les objectifs de l’organisme garant. L’emprunteur reçoit généralement la garantie en contrepartie d’une redevance. Les agences de garantie de crédit peuvent servir au secteur public ou au secteur privé.

c) De même, les entreprises économiques, les coopératives et les coopératives de crédit dirigées collectivement sont des moyens importants de surmonter la concurrence au sein du marché et de responsabiliser les acteurs économiques individuels. Il est donc d’autant plus nécessaire d’éviter de saturer le secteur informel dans les Territoires palestiniens occupés, et il faut plutôt construire des formes économiques plus durables d’autonomisation économique, les entreprises collectives étant une de ces stratégies, afin de renforcer la stabilité de la société palestinienne dans son ensemble.

Notes :

[1] Voir Al-Botmeh, S. (2013) Palestinian Women’s Labor Supply: Towards an Explanation of Low and Fluctuating Female Labor Force Participation, unpublished PhD thesis. See also Botmeh’s 2013 study for the Centre for Development Studies / Birzeit University, 2013.
[2] Palestinian Central Bureau of Statistics (PCBS), (2015) Foreign Trade Statistics and World Bank (2013) World Development Indicators.
[3] Standing, G. (1978) Labour Force Participation and Development. Geneva: International Labour Organisation.
[4] Al-Botmeh, 2013, op. Cit.
[5] For a discussion of these factors, see Chamlou, Nadereh (2008), The Environment for Women’s Entrepreneurship in the Middle East and North Africa, World Bank, Washington D.C., and De Soto, Hernando (1997), “Dead Capital and the Poor in Egypt”, The Egyptian Center for Economic Studies, Distinguished Lecture Series 11, Egypt.
[6] See Hilal, J, Al-Kafri, S., Kuttab, E. (2008) Unprotected employment in the West Bank and Gaza strip: a gender equality and workers’ rights perspective. ILO.
[7] Al-Botmeh, S. and Sotnik, G. (2007) Palestinian women’s labour force participation in the West Bank and Gaza Strip. The Palestine Economic Policy Research Institute (MAS). Ramallah: Palestine.
[8] The information in this paragraph relies on the report by Hilal et al, op. cit.

Photo
Samia al-Botmeh, Conseillère en politiques auprès d’Al-Shabaka, est professeur adjoint en économie et chercheur au Center for Development Studies de l’Université Birzeit en Palestine.

22 juillet 2015 – Al-Shabaka Al-Shabaka – Traduction : ISM France & Chronique de Palestine – MR & Lotfallah


Publié par ISM-France
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