• Accueil
  • > - AGRICULTURE - METIERS LIES A LA TERRE

Accaparement des terres et de l’eau au Maroc

Posté par onsbouge le 12 novembre 2017

black-313636_640-2

Arrêt sur Info

Accaparement des terres et de l’eau au Maroc

Par Lucile Daumas — 12 novembre 2017

La question de l’accaparement des terres et de l’eau est devenue un problème lancinant qui affecte les communautés rurales et la petite paysannerie, pratiquement partout dans le monde. A cela plusieurs explications : l’avancée urbaine sur les terres rurales et la spéculation foncière qui l’accompagne, la mise en oeuvre de mega-projets touristiques, miniers, énergétiques, etc. et bien évidemment et surtout, le fait que l’agriculture est de moins en moins l’affaire des agriculteurs, grands ou petits, mais celle des investisseurs pour qui la terre et l’eau n’ont d’autre valeur que d’être une simple source de profit. Le Maroc n’échappe pas à ce fléau. Je voudrais ici en donner quelques exemples.

Les Oulad Dlim

Quelques personnes s’étaient déplacées, hélas pas assez nombreux, pour tenter d’arrêter, en décembre 2013, les pelleteuses venues détruire les quelques maisons et les quelques cultures restantes appartenant aux membres de la tribu des Ouled Dlim, sur leur territoire Guich, à la périphérie Sud de Rabat. Ces terres leur avaient été concédées à perpétuité par le Sultan Moulay Abderrahmane en 1838 en échange de leur protection militaire. Depuis, les Oulad Dlim se sont mués sur ces terres en petits agriculteurs, pratiquant le maraîchage, ou gérant des pépinières pour les jardins des villas environnantes, constituant une enclave rurale dans une zone de spéculation immobilière intense. Que valent alors quelques dizaines de petits paysans face aux appétits des promoteurs immobiliers ? Leurs terres collectives sont pourtant «inaliénables , insaisissables, imprescriptibles », selon le dahir de 1919, toujours en vigueur. Mais le Ministère de l’Intérieur, sous la tutelle duquel sont placées ces terres, qu’il est supposé protéger, déploie alors ses forces de répression et évacue manu militari le terrain, mettant ainsi fin à plusieurs décennies de lutte durant lesquelles les Oulad Dlim ont tenté de résister pas à pas aux bulldozers.

L’avancée rapide de l’urbanisation (selon une étude menée en 2004 par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime, la superficie totale des terres agricoles consommées par l’urbanisation sera à l’horizon 2025 de près de 90 000 ha, avec un rythme moyen d’environ 4500 ha par an) peut donc se faire par expulsion violente de petits agriculteurs vivant sur leurs terres (collectives, comme dans le cas des Oulad Dlim, ou privées).  Ce processus a été facilité dès l’époque de la colonisation par une législation ambiguë, par la Tutelle du Ministère de l’Intérieur sur les terres collectives (permettant notamment de faire jouer la notion d’utilité publique pour la construction de logements sociaux), par la dissociation des terres collectives de culture, qui peuvent désormais être privatisées au bénéfice des ‘ayant-droits’[1] des terres de parcours, supposées restées, en principe (mais nous verrons plus loin qu’il n’en est rien) inaliénables. Or dès que ces terres de culture sont privatisées, elles entrent de facto dans le marché du foncier et peuvent donc être revendues en dehors de la communauté ethnique. Mais souvent les agriculteurs préfèrent eux-mêmes vendre, découragés par l’avancée de l’urbain sur leurs terres et alléchés par l’explosion des prix du foncier dans le péri-urbain, même s’ils sont loin d’être les premiers bénéficiaires de la spéculation foncière.

Les Oulad Sbita

Quelques kilomètres plus au Nord, entre la route Salé-Kénitra et la côte Atlantique, ce sont les Oulad Sbita qui mènent depuis plus de 5 ans un combat contre la spoliation de leurs terres par une société immobilière, Addoha, pour y construire un complexe touristique, hôtels, villas, golfs, etc.

C’est là aussi que le Paris-Saint-Germain a établi sur 500 ha l’une de ses écoles de foot, la PSG Academy[2].  L’Essec de Paris y a également implanté une succursale. Frais d’inscription : 10 000 euros par an.

Ce ne seront certainement pas les enfants des Oulad Sbita, dont les parents vivaient de maraîchage et d’élevage et qui ont pour la plupart déjà été expulsés de leurs terres, qui pourront s’y inscrire. Là encore la puissance de l’argent fait fi des règles du droit et des intérêts des habitants vivant sur leurs terres. Les pelleteuses sont aussi entrées en action, et seules subsistent encore quelques fermes et maisons dont les habitants sont sous le coup d’arrêtés d’expulsion.

L’impact du tourisme sur le foncier

Le tourisme est aussi facteur important d’expulsion des paysans de leurs terres et de destruction des petites exploitations paysannes.

Le seul Plan Azur consacré au tourisme prévoit l’aménagement d’une douzaine de mega-sites balnéaires (dont certains sont déjà réalisés, d’autres en cours et certains en panne). Installés chacun sur plusieurs centaines d’hectares, ils vont mobiliser au total plus de 6000 ha de terrains, largement mis à disposition du privé à partir des domaines de l’Etat, (plus de la moitié des quelques 1 million d’hectares de terres agricoles possédés par l’Etat ont été aujourd’hui privatisés) mais aussi par un processus d’immatriculation de terres privées ou collectives pour en permettre la vente.

… et sur l’eau

Ces complexes touristiques sont de véritables catastrophes écologiques. Non seulement ils saccagent des paysages magnifiques et des écosystèmes fragiles, mais ils accaparent une eau pourtant rare dans bien des régions. Pas moins de 20 golfs sont prévus dans ces 12 projets, le nombre de piscines est incalculable. A Marrakech, il est prévu qu’aux 8 golfs actuels s’en ajoutent 11 de plus.  Chacun d’eux consomme annuellement l’équivalent d’une ville de 30 000 habitants[3]. La plaine du Haouz, autour de Marrakech, asséchée et rongée elle aussi par la conversion des fermes en établissements touristiques et ryads pour étrangers ou marocains fortunés, a aujourd’hui fortement diminué son activité agricole, pourtant si importante il y a quelques décennies. Ainsi selon le Ministère de l’agriculture, la SAU dans le Haouz de Marrakech a diminué de 25 % en seulement 5 ans et il est prévu que la production de blé diminue de 40 % d’ici à 2020.

Les prévisions pour le site de Ouarzazate lake city, situé au-dessus du barrage El Mansour Addahbi (qui fournit aussi les eaux pour la centrale solaire Noor, pour l’agriculture commerciale implantée dans l’oasis de Zagora et ne parvient plus à alimenter l’ensemble de la vallée de l’Oued Draa, dont les derniers villages dans le désert sont maintenant pourvus en eau par des camions citernes et où les palmeraies se meurent) étaient que la consommation en eau pour ce seul site touristique dépasserait celle de la ville de Ouarzazate et de ses 105 000 habitants. Du coup, les prévisions ont été revues à la baisse.

Les grands projets inutiles. L’exemple de la centrale Noor

Il ne faut pas oublier dans cette liste, l’impact de ce que l’on appelle les « grands projets nuisibles ou inutiles ». Le Maroc se couvre aujourd’hui de plateformes portuaires (Tanger Med), arrimées à des zones franches commerciales et industrielles implantées sur place et un peu partout dans le reste du Maroc, d’un dense réseau d’autoroutes, d’une ligne TGV, multiplie l’implantation de mega-projets d’éoliennes, de centrales solaires, thermiques (charbon, gaz), etc… Tous ces projets se soldent par des accaparements de terres.

Accaparement des terres et de l’eau au Maroc dans - AGRICULTURE - METIERS LIES A LA TERRE maroc-solaire

Un cas emblématique est celui de la centrale solaire Noor.

Conçu comme arrimé au plan Desertec, vaste projet transsaharien finalement abandonné en particulier du fait de la tiédeur de l’Union européenne et du retrait de la BEI de ce projet jugé « pharaonique » et trop onéreux.

500 000 panneaux solaires qui ont été posés sur le sable – et ce n’est que la première tranche. 4 nouvelles centrales doivent être construites.

Accaparement des terres

Il est fait fi des populations qui sont sur leurs terres –collectives- et y exercent l’activité économique qui les fait vivre : l’élevage extensif.

Elles ont été doublement spoliées : quelques 3000 hectares de leurs terres collectives[4] ont éé expropriées pour 1 dirham symbolique le m2. Les tribus concernées n’ont rien touché, les sommes ont été placées dans un fonds de « développement » pour financer des projets préparés loin des populations, et pour toute la région, si tant est qu’ils voient le jour. Aucune consultation préalable, libre et informée des tribus berbères concernées n’a été menée[5]. Tout au plus une réunion d’information.

Accaparement de l’eau

Le choix s’est porté sur la technologie la plus gourmande en eau (énergie solaire thermique à concentration (ESC) avec refroidissement par voie humide et non sur la technologie photovoltaïque (PV) qui ne demande que peu d’eau. Et ce dans une région qui connaît un stress hydrique permanent. 2 à 3 millions de m3/an seront utilisés[6].

Le résultat en est que cette énergie est plus chère que toutes les autres sources d’énergie et va priver les populations locales et les cheptels d’une eau déjà rare.

Mais tout ce qui vient d’être décrit précédemment n’est rien comparé à l’impact du ‘Plan vert’, feuille de route des réformes engagées dans le domaine de l’agriculture au Maroc. Les Marocains pourront-ils payer cette énergie chère ou bien va-t-elle être subventionnée pour garantir les bénéfices des entreprises ?

On voit donc à quel point l’accaparement des terres est au cœur des politiques de « développement » mises en place par l’Etat marocain.

Mais tout ce que je viens de décrire précédemment n’est rien comparé à l’impact du « Plan vert », feuille de route des réformes engagées dans le domaine de l’agriculture au Maroc.

Le Plan vert

Adopté en 2008, le Plan vert est la feuille de route de la libéralisation du secteur agricole au Maroc. Il organise la mise en œuvre d’une agriculture de plus en plus tournée vers l’exportation et de moins sur les besoins alimentaires de la population marocaine qui achète de plus en plus de produits importés.

Il repose sur deux piliers, le pilier 1 consacré à l’agriculture dite « moderne » et le pilier 2 consacré à l’agriculture « solidaire » (qualificatif utilisé pour désigner la petite agriculture familiale.

Entre ces deux piliers, une relation de dépendance est mise en place, désignée sous le nom « d’agrégat » où les petits exploitants deviennent un chaînon de la chaîne de valeur de l’agrobusiness. Et s’ils ne peuvent pas suivre, ils n’ont plus alors d’autre choix que de vendre leurs terres.

Ce plan prend appui sur l’accord agricole Maroc-UE, signé en 2012, qui fixe les priorités et les quotas d’import/export entre les deux régions et prévoit notamment l’abandon progressif de la céréaliculture afin de permettre à l’UE de vendre sa production au Maroc (l’argument, faisant fi de toute notion de souveraineté alimentaire, est la faible productivité de la céréaliculture marocaine).

Ce plan est doté d’un fonds de 95 milliards de dirhams dont 20 milliards seront destinés à la petite agriculture et 75 milliards au secteur « moderne ».

Il est prévu que 750 000 ha soient mis à la disposition des « opérateurs privés » (locations à long terme dans le cadres de partenariats publics-privés) à raison de 70 000 ha par an. C’est donc un accaparement des terres planifié qui sous-tend la réalisation du Plan vert. Et c’est le stock de terres collectives, habous[7]  et des domaines qui va en fournir une grande partie. Toute une littérature s’est déployée pour montrer comment la petite propriété et l’élevage extensif conduisent à une sous-utilisation et à une dégradation des terres, afin évidemment de justifier leurs privatisations au profit d’une agriculture « moderne », supposée intensifier la production et protéger l’environnement.

Ce mécanisme renforce donc la concentration des terres au profit d’investisseurs nationaux et internationaux, l’orientation vers des productions à haute valeur ajoutée, notamment dans l’arboriculture et l’agriculture sous serres (légumes, tomates, fruits  rouges…). Il renforce également l’agriculture irriguée au détriment de l’agriculture bour (non irriguée) et une appropriation immodérée de l’eau. Cela entraine non seulement une multiplication des barrages, mais aussi l’installation de stations de dessalement de l’eau de mer, notamment pour les périmètres irrigués installés au Sahara (Dakhla et sa région).  Une nouveau programme d’investissement de 2,6 milliards de dirhams a été annoncé le 10 aout dernier, dont une partie sera consacré à la mise en place d’une zone irriguée de 1000 ha en plein désert pour la production notamment de fourrages qui nécessitera

« Des ouvrages de creusement et d’équipement de forages profond, de construction d’une station de filtration et de dessalement, d’aménagement d’un réseau d’assainissement et de pistes, d’équipement interne des parcelles en goutte à goutte et de construction d’une clôture autour du périmètre afin de réduire l’effet du vent et d’atténuer l’ensablement. »[8]

Quant aux mesures prises soi-disant « en faveur » des éleveurs (pilier 2), elles visent en réalité à un passage d’un élevage extensif de camélidés et caprins adaptés à cette région désertique, à un élevage intensif pour la production de viandes rouges et de lait, qui ne pourra guère être réalisé par les éleveurs locaux, ne disposant ni des compétences techniques ni des capacités d’investissement pour effectuer un tel virage. Sous couvert de « solidarité », c’est donc une exclusion des tribus d’éleveurs nomades qui se profile et leur probable sédentarisation comme ouvriers agricoles ou dans les banlieues urbaines.

C’est l’un des aspects de « l’accumulation par dépossession », qui consiste à clôturer les biens publics au profit d’intérêts privés à but lucratif.

Le fonds vert

Cette même logique est à l’œuvre dans les projets présentés par le Maroc pour accéder au Fonds vert pour le climat de l’ONU, mécanisme financier de  la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), créé lors de la 15° COP de Copenhague (2009) et opérationnelle depuis la 17° COP tenue à Durban en 2011. Ce Fonds a pour objectifs de limiter ou de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les pays en développement et d’aider les communautés vulnérables à s’adapter aux impacts déjà ressentis des changements climatiques. Ainsi, sur les 3 projets aujourd’hui retenus pour le Maroc, au moins un pose d’énormes problèmes : celui prévu dans la région de Boudnib, dans le Tafilalet.

maroc-oasis maroc dans - ECLAIRAGE - REFLEXION

L’oasis de Boudnib et les plateaux environnants. Un stress hydrique structurel

Il prévoit en effet l’irrigation et de 5 000 ha hors oasis en Partenariat Public Privé.  Adossé à la construction (en cours) du barrage de Kadoussa, il prévoit en effet de permettre l’irrigation de grandes exploitations agricoles pour une production destinée à l’exportation en dehors de l’espace oasien, qui est jusqu’à il y a peu était le seul espace cultivable, tout en continuant à assurer l’approvisionnement en eau de l’agriculture oasienne (800 à 1000 ha). En effet, récemment des investisseurs sont arrivés dans la région et ont implanté des exploitations sur d’importantes surfaces pour y produire des dattes (madjhoul) et des olives (programmes incitatifs dans le cadre des accords agricoles UE/Maroc)  destinées à l’exportation. Ces cultures sont possibles en pompant dans les eaux souterraines.

Ce projet est officiellement présenté comme un projet qui devrait bénéficier tant aux agriculteurs oasiens qu’aux investisseurs du plateau. Mais il apparaît à l’évidence qu’il vient répondre à la demande de nouveaux acteurs dans la région, déjà engagés dans un nouveau type de production pour l’exportation, à haute teneur financière et technologique. Il leur permettra notamment de cesser de pomper dans les nappes souterraines et de disposer de quantités d’eau importantes pour développer leur production.   La mise en culture des

5000 ha prévue ne pourra se réaliser que par l’expulsion (déjà entamée) des tribus nomades de leurs terres collectives où elles pratiquent l’élevage extensif.

Il entrainera également un bouleversement conséquent des traditions ancestrales de gestion et de répartition de l’eau en milieu oasien. D’autant plus qu’il est prévisible que la répartition de l’eau entre secteur « moderne » et secteur « solidaire » se fasse au détriment de ce dernier, ayant un faible pouvoir et une faible capacité de pression et de négociation. Et il y a fort à craindre que la gestion des eaux oasiennes ne se transforme en gestion de la pénurie.

Ainsi donc, ce projet supposé participer de la lutte contre le changement climatique, et notamment contre la désertification, et aider les populations les plus vulnérables, repose de fait sur :

  • L’expulsion des communautés autochtones de leurs terres collectives et de leur activité pastorale.
  • Le détournement d’une partie des eaux approvisionnant les oasis au bénéfice de zones irriguées artificielles bénéficiant à des investisseurs étrangers à la région pour des productions intensives tournées vers l’exportation.
  • L’inaccessibilité des points d’eau traditionnels pour le bétail
  • La clôture (enclosure) des espaces de parcours restants.

Parallèlement on constate que rien n’est dit sur la question de l’accès à l’eau potable. De toute évidence, ce projet tourne le dos aux populations et ne s’adresse qu’à l’agrobusiness.

Irrigation et PPP

Mais revenons sur l’un des aspects de ce projet. Comme indiqué précédemment la construction du barrage et la distribution de l’eau sont réalisées, dans ce projet comme dans la plupart des barrages récents ou en projet, dans le cadre d’un partenariat public privé. Cela revient à dire que la gestion de l’eau d’irrigation est désormais confiée aux entreprises privées et que parallèlement, l’accès à cette eau devient payant.

Ce projet étant présenté pour le Maroc par l’Agence Française de Développement, il est fort probable que des entreprises françaises fassent partie du montage financier.

Le premier barrage construit en PPP est celui d’El Guerdane, dans la région de Taroudant au Sud du Maroc. Inauguré en 2008, le projet alimente en eau 10 000 ha de plantations d’agrumes. Le partenariat est doublement public/privé puisque la société partenaire est la SNI, holding royal qui a créé pour l’occasion la société Aman Souss qui a bénéficié d’un prêt public au taux d’intérêt de 1%. C’est dire si l’argument qui veut que l’on fasse appel au privé parce que l’Etat n’a pas les ressources financières pour réaliser ces ouvrages d’infrastructure est fallacieux. Et les domaines royaux font aussi partie des quelques 597 exploitations bénéficiaires du projet d’irrigation, qui ne représentent que 11% des exploitations de la zone concernée, mais couvrent plus du quart de la SAU.

Au total, ce sont – 38 barrages à but multiple (irrigation et hydro-électricité́ qui sont prévus d’ici 2030, tous selon le principe du PPP. + mise en gestion déléguée du service de l’eau ont été lancées dans 8 périmètres : Loukkos (30 300 ha), Tadla (109 000 ha), Doukkala (104 600 ha), Gharb (113 350 ha), Moulouya (77 280 ha), Haouz (143 00 ha), Chtouka Ait Baha (14 000 ha) et Azzemour Birjdid (2 500 ha) ».

Par ailleurs, la pression sur l’eau et le développement des cultures irriguées et du tourisme dans le Sud, amènent le gouvernement à envisager un projet de transfert des ressources hydriques Nord-Sud. Il s’agirait de procéder à un transfert d’eau des bassins de l’Oued Laou, Loukkos et Sebou(dans la moitié Nord du Maroc) vers les régions de Tadla, Doukkala et Haouz, ainsi que vers laville de Marrakech elle-même. Sur plus de 500 km. Et encore une fois en Partenariat Public-Privé[9].

Conclusion :

  • L’urbanisation rapide du Maroc, son industrie touristique et une agriculture productiviste d’exportation entraînent de très fortes pressions sur la terre et sur l’eau.
  • L’accaparement des terres en zones périurbaines et non urbaines se fait surtout au détriment des petits paysans n’ayant plus accès à l’eau, ne pouvant écouler leurs produits ou criblés de dettes pour avoir essayé d’opérer un virage vers l’agriculture irriguée en sous-traitance pour les exportateurs. 165 000 petits paysans ont disparu pour la seule année 2016. Ce sont aussi les domaines de l’Etat et des terres collectives, qui constituent le principal stock de terres disponibles.
  • La privatisation des terres collectives, au bénéfice d’investisseurs nationaux ou étrangers, s’accompagne d’une main mise du secteur privé national et international sur les ressources en eau, des PPP dans le domaine des barrages et de l’irrigation ( sans oublier la gestion déléguée des services d’eau potable dans les principales villes et certains périmètres irrigués).
  • Ces modes de mise en culture entrainent une dégradation rapide des terres surexploitées et un pillage des ressources hydriques, déjà peu abondantes au Maroc. Ils ont par conséquent un impact écologique extrêmement négatif.
  • Les solutions mises en place pour assurer la pérennité de ce type d’agriculture sont particulièrement coûteuses et néfastes :
    • multiplication des barrages et création artificielle de zones irriguées en lieu et place de l’agriculture pluviale ou de l’élevage extensif.
    • multiplication des unités de dessalement des eaux de mer
    • projet de transfert de l’eau du Nord vers le Sud du Maroc.

Elles entraînent en conséquence

  • Une pression accrue sur les ressources foncières et hydriques déjà rares
    • La disparition des modes de culture et d’élevage des communautés basés sur une propriété collective de la terre et des systèmes ancestraux de partage des terres, des arbres et de l’eau reposant sur les structures collectives traditionnelles
    • La concentration des investissements sur l’agriculture dite « moderne » au détriment de l’agriculture familiale et de l’élevage extensif
    • La généralisation des logiques productivistes et capitalistes dans la gestion des biens communs que sont la terre et l’eau, la recherche du profit primant sur toute velléité de durabilité, les investisseurs prenant le pouvoir au détriment des agriculteurs.
    • L’aggravation des disparités et des inégalités tant régionales que sociales qui sont autant de facteurs de déstabilisation sociale.

Il n’est donc pas étonnant que le degré de conflictivité ait considérablement augmenté et que s’étendent et s’intensifient les luttes pour la terre et pour l’eau. Mais la répression et le contrôle exercés par la Monarchie sur le milieu rural depuis l’Indépendance n’ont pas permis l’apparition de formes d’organisation de la petite paysannerie marocaine.

Aujourd’hui, seule une petite fraction du prolétariat agricole est parvenue, au prix de difficultés considérables, à s’organiser au sein notamment de la FNSA (Souss surtout). En conséquence, les luttes nombreuses qui se mènent contre l’accaparement des terres et de l’eau se font essentiellement dans le cadre tribal, renouant par là avec une structure largement érodée au cours de l’histoire récente du Maroc, mais qui reste bien souvent la seule encore à même de servir de cadre à l’expression des revendications et à la gestion des luttes.

Il est cependant remarquable que ce retour aux cadres traditionnels soit largement influencé aussi par l’impact des luttes de 2011, qui ont servi de catalyseur à l’expression d’un mécontentement généralisé et imprimé des caractéristiques propres aux luttes qui se mènent aujourd’hui tant en milieu urbain qu’en milieu rural (au niveau des mots d’ordre, du rôle des femmes et des jeunes au sein de ces mouvements,…).

Lucile Daumas | Août 2017 | Attac Maroc

Cet article est tiré d’une intervention réalisée lors de l’Université des mouvements sociaux tenue à Toulouse en aout 2017, lors d’un atelier consacré à : Agriculture et alimentation alternatives, co-organisé par Attac Autriche, Attac-France, la Confédération paysanne, Miramap/Urgency, OBV (Autriche). Depuis, des « révoltes de la soif » ont éclaté au courant du mois d’octobre 2017 à Zagora et Kalaa de-Sraghna, liées certes à une absence de pluies prolongées, mais aussi à l’accaparement des eaux décrits ci-dessus. Réponse des autorités : répression, arrestations et procès.

[1] A noter l’ambigüité du mouvement des femmes soulaliyates (fortement appuyées par des ONG de bon ton qui, réclamant –à juste titre- leur droit à faire partie des listes d’ayant-droits lors de la melkisation des terres, n’ont pas remis en cause la privatisation des terres collectives, légitimant ainsi implicitement ces opérations.

[2] A noter que le PSG a ouvert une autre école à Rabat tout près des terres spoliées aux Oulad Dlim, dans le quartier Hay Ryad.

[3] http://afrique.lepoint.fr/economie/marrakech-mise-sur-ses-golfs-verts-09-07-2016-2053350_2258.php

[4] A titre de comparaison, le prix de vente ou de loyer des terres collectives à Ouarzazate était à ce moment-là de 10 à 12 dirhams le m2.  Cf. Hamza Hamouchene, Centrale solaire de Ouarzazate : triomphe du capitalisme vert et privatisation de la nature http://attacmaroc.org/fr/2016/03/29/la-centrale-solaire-de-ouarzazate-au-maroc-le-triomphe-du-capitalisme-vert-et-la-privatisation-de-la-nature/

[5] Comme le stipule la Convention 169 de l’OIT relative aux peuples indigènes et tribaux

[6] Ibid

[7] Bien de mainmorte, relevant du droit musulman

[8] http://www.sahara.gov.ma/blog/banniere-home/boujdour-projet-hydro-agricole-de-1-000-ha/

[9] http://lavieeco.com/news/economie/40-milliards-de-dh-pour-transferer-leau-du-nord-au-sud-du-maroc-20890.html#Mcgr6E7rwEuz3SpK.99

Source: http://attacmaroc.org/fr/2017/10/21/accaparement-des-terres-et-de-leau-au-maroc/

Energie Maroc


Publié par  Arrêt sur Info
Url de l’article  http://arretsurinfo.ch/accaparement-des-terres-et-de-leau-au-maroc/

Relayé par http://onsbouge.unblog.fr/
Lien court  http://onsbouge.unblog.fr/?p=122460

.
.

« Ce blog est un blog militant indépendant, sans prétention, bien évidemment non commercial et totalement amateur. Les images, les textes dont nous ne sommes pas les auteurs ainsi que les musiques et chants seront supprimés du blog sur simple demande par courriel. Nous publions textes et communiqués émanant d’auteurs et d’organisations diverses. Ces publications ne signifient pas que nous partageons toujours totalement les points de vue exprimés. Nous déclinons toute responsabilité quant au contenu des sites proposés en liens. ».

Publié dans - AGRICULTURE - METIERS LIES A LA TERRE, - ECLAIRAGE - REFLEXION, - ECOLOGIE - ENVIRONNEMENT, - ECONOMIE, - ENERGIE, - INTERNATIONAL, - LUTTES, - POLITIQUE | Commentaires fermés

Environnement ~ Au Liban, un projet de barrage sur une faille sismique fait polémique

Posté par onsbouge le 29 juin 2017

black-313636_640-2


jeudi 29 juin 2017

.
Au Liban, un projet de barrage sur une faille sismique fait polémique

 Environnement ~ Au Liban, un projet de barrage sur une faille sismique fait polémique dans - AGRICULTURE - METIERS LIES A LA TERRE a6

Les vestiges du monastère Sainte-Sophie, du 13e siècle, à Mar Moussa, le 26 ami 2017 dans la vallée de Bisri, au Liban (afp)
Cliquez pour agrandir

 

La vallée de Bisri au Liban est parsemée de citronniers, de grenadiers et de pins mais ce paysage bucolique va être bientôt bouleversé par un projet de barrage dont la construction sur une faille sismique suscite un tollé.
Pour le gouvernement libanais et la Banque mondiale (BM), qui finance en grande partie le projet, ce barrage est nécessaire pour combler le manque chronique d’eau dont souffrent 1,6 million d’habitants du Grand Beyrouth.
Située à 35 km au sud de la capitale libanaise, la vallée a été choisie en raison de sa proximité et de l’abondance de la rivière Nahr el-Awali qui la traverse.
Mais malgré les assurances du gouvernement et de la Banque mondiale, militants écologiques et agriculteurs disent craindre à la fois des séismes et une expropriation massive de terrains agricoles.
Amer Machmouchi est terrorisé à l’idée de voir se reproduire le séisme de 1956. « Comment peuvent-ils construire un barrage dans une zone de tremblement de terre? Nos maisons ne sont même pas conformes aux normes parasismiques! », dit-il.
Cet agriculteur de 50 ans a grandi en entendant de terribles histoires sur ce tremblement de terre causé par la « faille de Roum », qui a fait 135 morts et endommagé des milliers de maisons, dont celle de sa famille dans le village de Bsaba près de la vallée.
« Mon frère était encore petit et on a dû le sortir des décombres, raconte-t-il à l’AFP.
Pour Raja Noujeim, militant écologique et chef de l’Association pour la protection du patrimoine libanais, l’histoire et la géographie de la région montrent que « ces vallées sont le résultat d’une activité sismique ».
Les militants avancent deux scénarios catastrophe: soit qu’un tremblement de terre conduise à l’effondrement du barrage, soit que cette retenue d’eau fasse pression sur la faille et accroisse le risque d’un séisme.
En avril, des centaines de militants et citoyens ont protesté dans la vallée contre le projet.
Mais la Banque mondiale assure qu’un panel d’experts « reconnus internationalement » a examiné les études sur la sécurité du barrage », y compris celles liées aux séismes, et a confirmé qu’il avait été « conçu de manière prudente et cohérente avec le meilleur savoir-faire international ».
Les tests, affirme-t-elle à l’AFP, ont prouvu que le barrage pourra « résister à des chocs plus importants que celui provoqué par le séisme de 1956″, d’une magnitude 6 sur l’échelle de Richter.
Elie Moussali, l’ingénieur du Conseil du Développement et de la Reconstruction (CDR), un organisme gouvernemental qui supervise les projets d’infrastructure, assure que le barrage « peut résister à un séisme de 8 degrés ».
Il minimise aussi la possibilité que le barrage puisse provoquer une activité sismique. D’ailleurs, le plus grand barrage du pays, celui du lac Qaroun (est), se situe lui aussi sur une faille sismique, relève-t-il.
« Du point de vue géologique, il est normal que les failles traversent les montagnes, où coulent les rivières et où les barrages sont construits », ajoute M. Moussali.
En comparaison avec le reste des pays arabes, le Liban, pays méditerranéen, est riche en fleuves.
Mais il manque cruellement d’infrastructures et ne peut stocker dans des réservoirs que 6% de ses ressources en eau.
Et beaucoup d’habitants ont recours aux puits forés illégalement ou sont contraints de se faire livrer de l’eau par camion-citerne.
Le chantier du barrage est censé commencer en 2017 et durer neuf ans. Il devrait coûter 617 millions de dollars (environ 544 millions d’euros), couverts en grande partie par un prêt de la Banque mondiale.
Il s’agira du second plus important barrage au Liban, avec une capacité de 125 millions de m3 dans un réservoir couvrant 450 ha.
L’autre menace est que disparaissent les terrains agricoles d’une quinzaine de villages, dont celle de l’agriculteur Amer Machmouchi.
Or « ces terres sont notre gagne-pain », souligne-t-il.
Le plan du CDR inclut un fond de compensation pour l’expropriation de 869 lopins, mais les agriculteurs risquent de perdre leur emploi dans cette affaire.
« Je suis un paysan », affirme Abou Salem, la cinquantaine, juché sur son tracteur. « Si nous partons, où irons-nous? », maugrée cet homme qui cultive depuis 25 ans des haricots.
Sans oublier la possible disparition de sites archéologiques dans la vallée, comme l’église de Mar Moussa, centenaire selon les habitants. Les militants protestent contre un plan des autorités de la démanteler pour la réinstaller ailleurs.
A quelques kilomètres de l’église se trouvent des vestiges romains présumés: cinq colonnes, dont une gisant dans la rivière, et qui pourraient être la preuve de l’existence d’un site archéologique plus important.
Selon le CDR, le département des Antiquités veut mener des excavations afin de décider si ces ruines méritent ou non d’être sauvées.
Mais peu importent les arguments qu’on leur oppose: pour les habitants et les militants, le projet en entier doit être abandonné.
« Rien ne doit être construit dans cette zone. C’est dangereux. Ce projet ne doit pas voir le jour », martèle ainsi M. Noujeim.

pa1


Publié par
URL  https://assawra.blogspot.fr/2017/06/au-liban-un-projet-de-barrage-sur-une.html

Relayé par http://onsbouge.unblog.fr/
Lien court http://onsbouge.unblog.fr/?p=111214

.
.

« Ce blog est un blog militant indépendant, sans prétention, bien évidemment non commercial et totalement amateur. Les images, les textes dont nous ne sommes pas les auteurs ainsi que les musiques et chants seront supprimés du blog sur simple demande par courriel. Nous publions textes et communiqués émanant d’auteurs et d’organisations diverses. Ces publications ne signifient pas que nous partageons toujours totalement les points de vue exprimés. Nous déclinons toute responsabilité quant au contenu des sites proposés en liens. ».

Publié dans - AGRICULTURE - METIERS LIES A LA TERRE, - ECOLOGIE - ENVIRONNEMENT, - INTERNATIONAL | Commentaires fermés

CONTRE EUROPACITY

Posté par onsbouge le 9 juin 2017

black-313636_640-2

.
CONTRE EUROPACITY

DOC du réel

Ajoutée le 28 mai 2017

21 mai 2017, mobilisation contre le futur temple de la consommation Europa City. Un reportage de DOC du réel / 17mins


Relayé par http://onsbouge.unblog.fr/
Lien court  http://onsbouge.unblog.fr/?p=109354

.
.

« Ce blog est un blog militant indépendant, sans prétention, bien évidemment non commercial et totalement amateur. Les images, les textes dont nous ne sommes pas les auteurs ainsi que les musiques et chants seront supprimés du blog sur simple demande par courriel. Nous publions textes et communiqués émanant d’auteurs et d’organisations diverses. Ces publications ne signifient pas que nous partageons toujours totalement les points de vue exprimés. Nous déclinons toute responsabilité quant au contenu des sites proposés en liens. ».

Publié dans - AGRICULTURE - METIERS LIES A LA TERRE, - ECOLOGIE - ENVIRONNEMENT, - FRANCE - DOM-TOM, - POLITIQUE, - VIDEO | Commentaires fermés

Des Palestiniennes âgées se souviennent « des jours heureux » de la sécurité alimentaire palestinienne

Posté par onsbouge le 8 juin 2017

black-313636_640-2

ISM-France

.

Cisjordanie occupée – 7 juin 2017

Des Palestiniennes âgées se souviennent « des jours heureux » de la sécurité alimentaire palestinienne

Par Abdul-Hakim Salah

Abdul-Hakim Salah est le directeur du bureau en langue anglaise de l’Agence de Presse Ma’an.

« Dieu bénisse le bon vieux temps, lorsque nous avions tous de la nourriture saine et en abondance que nous produisions nous-mêmes, sans avoir besoin d’argent, » dit en soupirant Khadijah Balboul, 84 ans, ou Umm al-Abed comme elle aime se nommer.

Des Palestiniennes âgées se souviennent « des jours heureux » de la sécurité alimentaire palestinienne

Septembre, la saison de la récolte des goyaves à Habla, Qalqilia, Cisjordanie occupée (photo Saib Shoaib)

Ce sont mes nombreuses récriminations sur le coût élevé de la vie et sur le paiement irrégulier de mon salaire qui ont suscité les vieux souvenirs de ma mère lorsque je suis allé la voir dans son village de Al-Khader, dans le district de Bethléem, au sud de la Cisjordanie , pour boire un thé avec elle et sa voisine Rabiha Issa, ou Umm Ali, âgée de 78 ans.

Je n’attendais pas que les deux femmes, qui n’ont pas reçu une éducation formelle, définissent la sécurité ou la stabilité alimentaire, mais involontairement, le sujet a touché la corde sensible.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture identifie la sécurité alimentaire ainsi : « La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active ».

Selon une étude menée en 2014 par l’Institut de recherche appliquée de Jérusalem (ARIJ), les ménages palestiniens dépensent environ 38,6 pour cent de leur revenu mensuel pour la nourriture et les boissons, un pourcentage important étant donné que la même étude estime que le revenu moyen se situe entre 1.500 et 3.500 shekels (entre 375 et 870 €).

Umm al-Abed et Umm Ali ont parlé de leur vie il y a plusieurs décennies, à une époque, elles en sont certaines, l’écrasante majorité des Palestiniens étaient mieux lotis en terme d’accès à une alimentation saine, en particulier dans les zones rurales.

Ma mère se souvenait que chaque famille, à la campagne, possédait des terres agricoles sur lesquelles elle investissait soigneusement le temps et l’énergie nécessaires pour produire suffisamment de récoltes pour elle et le bétail.

Elle et Umm Ali se rappelaient avec enthousiasme « les aliments sains et naturels » d’il y a soixante et soixante-dix ans, s’interrompant mutuellement pour évoquer les tomates, les aubergines, le raisin et les prunes délicieuses, ainsi que les confitures faites à la maison, les produits laitiers et les « danseurs de rue », l’expression familière qui désignait les poulets élevés dans les cours des maisons.

« Presque tous les légumes, les fruits et les céréales que nous mangions provenaient de nos terres, et nous n’utilisions pratiquement pas de pesticides ni d’engrais chimiques, » a dit Umm Ali.

« Si vous parlez des années 1970 et du début des années 1980, » ai-je objecté, « je me souviens de cette époque quand j’étais enfant et adolescent, et beaucoup de gens étaient pauvres. »

« Si par pauvres tu veux dire que les gens n’avaient pas beaucoup d’argent, tu as raison, » m’a répondu Umm al-Abed. « Très peu de gens étaient riches, dans ce sens-là, mais personne n’était pauvre quand il s’agissait de l’accès à la nourriture. »

Si la situation semblait si idyllique à l’époque, qu’est-ce qui a provoqué un effondrement si dramatique de la sécurité alimentaire palestinienne ?

Un rapport de 2015 de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) déclare que l’occupation israélienne « impose de graves contraintes au développement du secteur agricole palestinien, et, bien sûr, à l’économie toute entière, » en rendant la tâche d’un développement agricole durable sur le territoire palestinien « presque impossible ».

Les problèmes centraux, selon le rapport de la CNUCED, viennent en grande partie des restrictions israéliennes à l’accès à la terre et à l’eau palestiniennes, au commerce et à la liberté de circulation, qui ont entraîné « des incitations plus faibles pour l’investissement dans l’agriculture. »

La perte de terres pour la construction par Israël des colonies illégales et le mur de séparation illégal est un autre facteur majeur qui entrave l’agriculture palestinienne.

Ismail Issa, adjoint au maire d’al-Khader, où vivent Umm al-Abed et Umm Ali, a déclaré que les autorités israéliennes ont confisqué plus de 20% des terres agricoles du village depuis 1967. Sur 22.000 dunams (2.200 ha) de terres arables de la région, les agriculteurs en ont perdu environ 5.000 dunams (500 ha) à cause des constructions israéliennes illégales, colonies, avant-postes, routes de contournement et zones de sécurité autour des colonies, d’après son estimation.

Bien que les deux femmes aient convenu que les politiques israéliennes d’occupation furent un facteur majeur, elles ont abordé l’histoire sous un autre angle de vue que les nombreuses études sur l’économie et la sécurité alimentaire palestiniennes n’évoquent pas toujours.

Umm al-Abed et Umm Ali se souvenaient que les agriculteurs palestiniens emmenaient leurs produits au marché Machane Yehuda, à Jérusalem, au début des années 1970 pour les vendre « un très bon prix » aux clients israéliens.

Cependant, les Israéliens ont commencé à encourager les Palestiniens à travailler avec eux sur des chantiers de construction dans et autour de Jérusalem, a ajouté Umm al-Abed. Elle se souvient qu’au début, les gens étaient réticents à travailler avec « l’ennemi » mais petit à petit, ils ont été attirés par les bons salaires qu’on leur offrait.

« Ce fut le début de nos problèmes agricoles, car les agriculteurs, en particulier la jeune génération, ont été détournés de leurs terres et ont couru après l’argent qu’ils pouvaient obtenir, » dit Umm al-Abed.

A la suite de l’occupation israélienne du territoire palestinien en 1967, le nombre d’ouvriers palestiniens en Israël a nettement augmenté – de 20.000 à 66.000 entre 1970 et 1975, selon l’étude de 1998 de l’Institut de recherche sur les politiques économiques de Palestine-MAS.

Selon le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), l’agence israélienne chargée d’appliquer les politiques du gouvernement israélien dans le territoire palestinien occupé, plus de 75.000 travailleurs palestiniens de Cisjordanie ont obtenu le permis d’aller travailler en Israël en 2016 – sans compter les milliers d’autres qui travaillent en Israël sans permis ou qui sont employés dans les colonies israéliennes illégales.

Pour dire les choses simplement, soupire Umm Ali, les Israéliens ont fait d’une pierre deux coups.

« L’occupation israélienne a bien joué, » dit-elle. « Ils se sont servis des Palestiniens pour construire leur Etat et leurs colonies, et en même temps ils ont encouragé beaucoup d’entre eux à déserter leurs terres agricoles, que les Israéliens ont ensuite confisquées sous prétexte qu’elles étaient désertées. »

Selon le Bureau central palestinien des statistiques (PCBS), la superficie totale cultivée en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza est passée d’environ 1.851 km² en 2002 à 932 km² en 2011. Il n’a pas été possible de trouver des statistiques fiables sur les terres cultivées en Palestine avant l’année 2000, bien qu’une étude de l’Université islamique de Gaza ait suggéré que les terres agricoles en Palestine avant 1948 s’élevaient à 6.300 km².

L’UNRWA, le PCBS, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et le Programme alimentaire mondial ont conclu, dans une déclaration conjointe de 2014, que l’insécurité alimentaire en Palestine ne pourrait être réduite de manière durable qu’en traitant les causes profondes de la crise, à savoir le blocus en cours de Gaza et l’occupation de la Cisjordanie .

Pendant ce temps, pour Umm al-Abed et Umm Ali, tant que l’Autorité palestinienne ne soutient pas suffisamment le secteur agricole en aidant les agriculteurs à accéder à leurs terres et à commercialiser leurs produits, et tant que les jeunes générations de Palestiniens n’apprennent pas à aimer et à s’occuper de leurs terres, la question de la sécurité alimentaire restera sans solution.

Source : Maan News

Traduction : MR pour ISM


Publié par ISM-France
URL http://www.ism-france.org/temoignages/Des-Palestiniennes-agees-se-souviennent-des-jours-heureux-de-la-securite-alimentaire-palestinienne-article-20326?ml=true

Relayé par http://onsbouge.unblog.fr/
Lien court http://onsbouge.unblog.fr/?p=109235

.
.

« Ce blog est un blog militant indépendant, sans prétention, bien évidemment non commercial et totalement amateur. Les images, les textes dont nous ne sommes pas les auteurs ainsi que les musiques et chants seront supprimés du blog sur simple demande par courriel. Nous publions textes et communiqués émanant d’auteurs et d’organisations diverses. Ces publications ne signifient pas que nous partageons toujours totalement les points de vue exprimés. Nous déclinons toute responsabilité quant au contenu des sites proposés en liens. ».

Publié dans - AGRICULTURE - METIERS LIES A LA TERRE, - DISCRIMINATION - SEGREGATION - APARTHEID - RACISME - FASCISME, - DROIT, - HISTOIRE, - INGERENCE - HEGEMONIE, - INTERNATIONAL, - JUSTICE, - LIBERTES, - LUTTES, - POLITIQUE, - PRECARITE | Commentaires fermés

Pas de dattes de l’occupant dans nos magasins ! Autre exemple (Photos)

Posté par onsbouge le 29 mai 2017

black-313636_640-2

CAPJPO – EuroPalestine

Des lecteurs, ayant pris connaissance de la présence de dattes frauduleuses dans les magasins Carrefour, sont intervenus avec succès samedi soir, dans le 78, pour faire retirer les dattes qui ne respectent pas la législation. Merci à tous nos lecteurs et lectrices d’en faire autant dans toute la France. Le Ramadan n’est pas une occasion de nous refourguer les produits des criminels de guerre !

Pas de dattes de l’occupant dans nos magasins ! Autre exemple (Photos) dans - AGRICULTURE - METIERS LIES A LA TERRE dates_medjoul_chambourcy_table_ramadan-b428a
medjoul_carrefour_-2-26850 FRANCE? dans - DISCRIMINATION - SEGREGATION - APARTHEID - RACISME - FASCISME
dattes_supprime_es_chambourcy-38d49 israel dans - DROIT

  • Une autre lectrice nous écrit ceci :

« Dans le magasin Grand Frais de Villepinte 93420, les dattes MEDJOUL exportées par Israël étaient étiquetées « origine : import ».

J’ai demandé à parler à la responsable du magasin pour connaître l’origine de l’import et elle m a indiqué oralement : Israël.

Et depuis cette semaine, ils ont étiqueté ces même produits origine : PALESTINE !

Merci à nos lecteurs et lectrices qui font leurs courses dans ce magasin d’aller veiller au respect de la réglementation et demander à la direction qu’elle ne prenne pas ses clients pour des imbéciles !

Merci pour votre vigilance et vos interventions !

type= »image/jpeg »>JPEG
(cliquer sur le document pour le grossir si nécessaire. N’hésitez pas à l’imprimer ou à nous en réclamer des copies)

CAPJPO-EuroPalestine


Publié par  CAPJPO – EuroPalestine
URL  http://www.europalestine.com/spip.php?article13057
Relayé par http://onsbouge.unblog.fr/
Lien court http://onsbouge.unblog.fr/?p=108414

.
.

« Ce blog est un blog militant indépendant, sans prétention, bien évidemment non commercial et totalement amateur. Les images, les textes dont nous ne sommes pas les auteurs ainsi que les musiques et chants seront supprimés du blog sur simple demande par courriel. Nous publions textes et communiqués émanant d’auteurs et d’organisations diverses. Ces publications ne signifient pas que nous partageons toujours totalement les points de vue exprimés. Nous déclinons toute responsabilité quant au contenu des sites proposés en liens. ».

Publié dans - AGRICULTURE - METIERS LIES A LA TERRE, - DISCRIMINATION - SEGREGATION - APARTHEID - RACISME - FASCISME, - DROIT, - FRANCE - DOM-TOM, - INTERNATIONAL, - JUSTICE, - LIBERTES, - LUTTES, - PHOTOGRAPHIE, - POLITIQUE | Commentaires fermés

12345...17
 

Bliid |
wowgoldhao |
comprendrelacriseeconomique |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | appleshoes
| CGT Association Rénovation
| MesMots