Campagne de « pression maximale » en faveur de la guerre

Posté par onsbouge le 22 juillet 2019

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Paru sur  LES CRISES

Campagne de « pression maximale » en faveur de la guerre

Géopolitique   22.juillet.2019 // Les Crises

 

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Source : Lobe Log, Paul Pillar, 14-06-2019

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Mike Pompeo (CNN)

par Paul R. Pillar

La déclaration du secrétaire d’État Mike Pompeo sur le dernier incident impliquant des pétroliers dans le golfe d’Oman est contestable à de nombreux égards, à commencer par l’imputation immédiate, quasi-automatique, de la responsabilité à l’Iran. L’origine des incendies et des explosions sur les pétroliers est encore indéterminée, malgré les vidéos de piètre qualité. L’armateur japonais de l’un des pétroliers rapporte que la description par l’équipage de ce qui a heurté le navire ne correspond pas à la version de l’administration américaine. Et personne n’a encore expliqué pourquoi le régime iranien s’emploierait à mettre en porte-à-faux le premier ministre japonais Shinzo Abe – [le Japon ayant] été l’un des principaux acheteurs de pétrole iranien – en sabotant un pétrolier japonais le jour même où Abe a rencontré Ali Khamenei, guide suprême iranien.

L’énumération par Pompeo des justifications de ce qu’il a qualifié « d’analyse du gouvernement des États-Unis » quant à la responsabilité iranienne est curieuse à d’autres égards. L’une des raisons avancées par Pompeo est « les récentes attaques analogues, par l’Iran, contre des navires » – en référence vraisemblablement à un incident au cours duquel, en mai dernier, quatre pétroliers ont subi de mystérieux dommages mineurs alors qu’ils naviguaient au large des côtes des Émirats arabes unis. Le raisonnement est circulaire. Cet incident est encore entouré d’incertitude, malgré les accusations que l’administration américaine a immédiatement portées contre l’Iran.

Pompeo a donné comme autre raison « le fait qu’aucun groupe opérant dans la région pour le compte de l’Iran n’a les ressources, ni la compétence pour agir avec un tel degré de sophistication ». Pourquoi des « groupes opérant pour le compte de l’Iran » ? Pourquoi pas des États, d’autant plus qu’il y a d’autres États de la région qui ne seraient que trop heureux d’attiser les tensions entre les États-Unis et l’Iran ?

Malgré l’incertitude qui persiste, l’Iran pourrait bien en être l’auteur. Admettons un instant ce dont l’administration veut convaincre tout le monde, à savoir que le régime iranien a attaqué les navires. C’est en demandant pourquoi l’Iran aurait pu faire cela que la déclaration de Pompeo est la plus discutable. À deux reprises, Pompeo a appliqué le terme « sans provocation » aux actions iraniennes (« 40 ans d’agression “non provoquée” contre des nations éprises de liberté » et « ces attaques “non provoquées” représentent une menace claire pour la paix et la sécurité internationales »).

« Non provoquées » ? Il y a plus d’un an, l’administration Trump a complètement renié les engagements pris par les États-Unis dans le cadre du Plan d’action global commun (PAGC), l’accord multilatéral qui a restreint le programme nucléaire de l’Iran et fermé toutes les voies possibles vers une arme nucléaire. Depuis lors, l’administration a mené une guerre économique contre l’Iran, bien que ce pays ait continué pendant un an à respecter ses engagements au titre du PAGC. L’administration s’est acharnée à ajouter sanction après sanction pour paralyser l’économie iranienne, pour faire vivre aux iraniens une vie de misère et pour affaiblir l’Iran par tous les moyens. Elle a exercé des pressions sur les pays du monde entier pour qu’ils ne commercent pas avec l’Iran. L’administration a accompagné cette campagne d’une hostilité sans limite, de menaces d’attaques militaires et autres bruits de bottes, dont une intensification des déploiements militaires dans l’arrière-cour de l’Iran. Si cela n’est pas une provocation vis-à-vis de l’Iran, alors le terme provocation a perdu tout son sens.

La flambée actuelle des tensions, avec les incidents impliquant des pétroliers, est une conséquence directe et sans surprise de l’échec de la campagne de « pression maximale » de l’administration Trump. Il n’y a aucune raison de penser – et rien dans le bilan des deux dernières décennies ne le laisse entendre – que l’Iran ferait quelque chose comme saboter les pétroliers d’un tiers si les États-Unis avaient respecté leurs engagements et employé la diplomatie au cours des deux dernières années pour régler tout différend avec l’Iran. Personne aux États-Unis n’aime être d’accord avec les observations des dirigeants iraniens, mais lorsque ces dirigeants soulignent que l’Iran n’a pas utilisé ses forces armées pour commettre des actes d’agression contre ses voisins dans la région, il est difficile de réfuter leur observation. Il n’en va pas de même pour certains autres États de la région.

Si l’Iran avait saboté ces pétroliers dans le golfe d’Oman en réponse aux attaques économique, ça n’aurait été qu’une réaction iranienne parmi d’autres dans la région. L’Iran a riposté avec férocité à son invasion par l’Irak. Il a contribué à la création du Hezbollah quand Israël a envahi le Liban. Il a apporté une aide aux Houthis au Yémen lorsque l’assaut aérien de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis a provoqué une catastrophe humanitaire au Yémen. Son armée a prêté main forte aux autorités irakienne et syrienne lorsqu’elles ont été attaquées par l’État islamique et autres insurgés. Et on peut s’attendre à ce qu’il réagisse s’il est la cible d’autres attaques, économiques ou militaires, de la part des États-Unis. Il ne fallait pas s’attendre à ce que les Iraniens, malgré la patience remarquable dont ils ont fait preuve au cours de l’année écoulée, se contentent de se coucher avec fatalisme.

Pompeo a affirmé dans sa déclaration que « le 22 avril, l’Iran a promis au monde qu’il interromprait le flux de pétrole à travers le détroit d’Ormuz ». C’est faux, l’Iran ne l’a pas promis. Ce qu’un commandant des Gardiens de la révolution iraniens a dit, c’est que l’Iran bloquerait le détroit d’Ormuz s’il n’était plus en mesure de l’emprunter pour exporter ses propres hydrocarbures. Le commandant répondait à la dernière escalade du gouvernement Trump dans sa guerre économique contre l’Iran, qui visait à éliminer les dérogations aux sanctions américaines contre les acheteurs de pétrole iranien, dans le cadre d’un dispositif visant à réduire à néant les exportations de pétrole iranien. Encore une fois, les Iraniens ont réagi, dans ce cas-ci, à l’escalade de l’hostilité américaine et aux préjudices matériels majeurs qui lui sont imposés.

Les forces pro-guerre au sein de l’administration Trump reprennent du poil de la bête, bien qu’il y ait des signes selon lesquels elles viennent à bout de la patience de leur président, qui ne veut probablement pas d’une guerre avec l’Iran. Le plus farfelu dans la liste des incidents que Pompeo attribuait à l’Iran était une voiture piégée en Afghanistan, le 31 mai, qui a blessé plusieurs expatriés américains. L’attaque est généralement attribuée aux talibans, bien que l’État islamique l’ait également revendiquée, et l’Iran n’a probablement rien à voir avec cela. Pompeo, en attribuant cette attaque à l’Iran, s’inscrivait clairement dans le cadre de ses intrigues pour faire valoir que la résolution du Congrès autorisant l’utilisation de la force militaire, après le 11 septembre 2001, légitimerait une guerre contre l’Iran.

Si le président Trump ne veut vraiment pas d’une guerre avec l’Iran, il doit prendre conscience que la diplomatie ce n’est pas une des parties qui pose des exigences et l’autre partie qui s’y plie. Il doit également accepter que la campagne de « pression maximale » a échoué à obtenir une « meilleure entente », à changer le comportement iranien pour le mieux, ou à blesser le régime iranien au-delà des iraniens ordinaires que le gouvernement prétend vouloir aider. La campagne détruit au contraire l’une des réalisations les plus efficaces de ces dernières années en matière de non-prolifération nucléaire et provoque maintenant des réactions qui, dans des endroits comme le golfe d’Oman, rendent une nouvelle guerre plus probable qu’auparavant.

Paul R. Pillar est chercheur senior accueilli au Center for Security Studies de l’Université de Georgetown et charcheur associé au Center for Security Policy de Genève. Il a pris sa retraite en 2005 après 28 années de carrière dans la communauté du renseignement aux États-Unis. Il a notamment occupé les postes d’agent de renseignement national pour le Proche-Orient et l’Asie du Sud, de chef adjoint du DCI Counterterrorist Center et d’adjoint exécutif du directeur du renseignement central. Il est vétéran de la guerre du Vietnam et un officier de réserve de l’armée américaine. M. Pillar est diplômé du Dartmouth College, de l’Université d’Oxford et de l’Université de Princeton. Ses ouvrages comprennent Negotiating Peace (1983), Terrorism and U.S. Foreign Policy (2001), Intelligence and U.S. Foreign Policy (2011) et Why America Misunderstands the World (2016).

Source : Lobe Log, Paul Pillar, 14-06-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.


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