“C’était mon fils préféré”…

Posté par onsbouge le 14 novembre 2017

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ISM-France

Cisjordanie occupée – 13 novembre 2017

“C’était mon fils préféré”…

Par Dounia Laetitia Callens

Le samedi 11 Novembre 2017 fut encore un jour marquant, où nous sommes allés avec un groupe Palestinien et quelques activistes internationaux, dans le village de Beit Surik, au nord-est de Jérusalem, pour rendre visite et témoigner notre soutien à la famille de Nimr Mahmoud Ahmed Al-Jamal, un Palestinien âgé de 37 ans et père de 4 enfants, qui est tombé en martyr le 26 septembre dernier après avoir tué deux gardes de sécurité des colons et un douanier, à l’entrée de Har Adar, colonie israélienne d’environ 4.000 habitants construite en toute illégalité en territoire palestinien occupé.

“C’était mon fils préféré”...

Personne ne connaît la raison réelle qui l’a poussé à cet acte, même si l’on peut clairement la deviner ; qui pourrait supporter tout ce que représente l’occupation, avoir à demander un permis pour travailler sur des terres qui appartenaient à tes grands-parents avant d’être volées par l’Etat colonial, subir les différentes humiliations et interdictions, etc.

Nimr avait un permis d’une durée de 20 ans pour travailler à l’intérieur de cette colonie située prêt de son village, jusqu’à ce jour où des soldats israéliens l’ont empêché d’entrer, sans raison apparente, juste parce qu’ils en avaient décidé ainsi, c’est certainement l’une des raisons qui lui ont fait perdre son sang-froid.

Nimr vivait avec sa femme et ses fils, le plus jeune âgé de 5 ans, ses jumeaux de 9 ans et son aîné de 11 ans, au dernier étage de la grande maison familiale, où vivent, au rez-de-chaussée, sa mère et quelques membres de sa famille, dont son frère.

Après le bouclage du village, l’annulation des permis de travail pour les frères et une première annonce de destruction de leur maison au moment des faits, qui constitue une « punition collective » interdite par le droit international, la famille a fait appel et le 9 novembre, leur avocat les a informés que la haute Cour israélienne avait confirmé la destruction de la maison, mais « seulement » le dernier étage, et qu’ils avaient jusqu’au 14 Novembre pour tout vider… Quelle maison résisterait à une bombe placée au dernier étage, au travail des bulldozers et des marteaux-piqueurs sans que les fondations soient touchées, sans risque d’effondrement ? Alors quand je demande à la mère et au frère de Nimr, paix à son âme, où ils iront si la maison est inhabitable : « Nous envisageons des tentes, comme les bédouins, » me répondent t-ils avec un léger sourire…

La famille nous a invités à monter au dernier étage de la grande maison, pour filmer l’appartement de Nimr, qui était déjà vide… J’ai éprouvé des sentiments indescriptibles, avec le silence glacial qui envahissait ces grandes pièces, et je ne cessais de me dire qu’encore une fois, l’occupation avait détruit une famille. Que vont devenir les enfants, comment pourront-ils grandir sans avoir de haine, que vont-ils ressentir à leur adolescence, âge où un fils s’identifie à son père et le prends comme exemple… J’étais perdue dans mes pensées jusqu’au moment où nous avons dû partir et où j’ai aperçu la mère de Nimr, appuyé à l’angle d’une porte, le regard dans vide. Je me suis approchée d’elle, je n’oublierai jamais la douceur de son visage, et je lui ai chuchoté qu’elle est une femme forte… Elle a tenté de se contenir puis s’est mise à pleurer en me disant : « Je remercie Dieu, c’est juste que c’était mon fils préféré ». J’ai caché mes larmes et je l’ai serrée fort dans mes bras, le cœur traversé de douleur.

A l’époque de l’occupation de la France par les nazis, les résistants français étaient érigés en héros, mais pour les Palestiniens il en est autrement, bien que le droit international stipule que tout peuple vivant sous occupation a le droit de résister par les armes. En Palestine, ce qui est illégal est impuni et ce qui est un droit et un devoir devient un crime, « du terrorisme ».

Nous reprenons le chemin de Naplouse, je m’assoie seule à l’avant de l’autobus, plongée dans mes pensées et cette douleur au cœur m’empêchant de parler, « il faut que ça s’arrête, on doit stopper tout ça ! » ; le visage de cette mère submergée par la chagrin hantait mon esprit. Après 2 ans passés ici, c’est la première fois que je me retrouve dans un tel état de choc.

Arrivés à l’appartement, j’échange enfin quelques mots avec un de mes amis internationaux, nous reparlons de notre journée et je m’aperçois que j’ai oublié une grande partie de celle-ci, sous le choc émotionnel. Les Palestiniens subissent ces chocs quotidiennement, depuis des décennies. C’est un des thèmes que développe Samah Jabr dans son magnifique film « Derrière les Fronts », qui est passé ici, à Naplouse, il y a quelques semaines, et je vous encourage tous à aller le voir s’il passe près de chez vous, pour mieux comprendre « la résistance et la résilience » du peuple palestinien.

 

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Source : Facebook


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